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2010
France, le livre numérique s’est-il perdu dans les tuyaux ?
Clément Monjou d’eBouquin ouvre l’année par un constat : le livre numérique en France n’a pas décollé. Même Marc Levy, qui vend des centaines de milliers d’exemplaires en papier, n’a vendu que 140 exemplaires numériques sur Fnac.com de son dernier titre en quinze jours – malgré le prix inférieur de 5 euros par rapport au livre physique -, rapporte Le Nouvel Obs. Ces 140 exemplaires ne totalisent pas toutes les ventes électroniques de l’ouvrage, mais montrent bien l’atonie du marché francophone, quand le marché américain semble lui, pulser de toutes les promesses (même s’il y a encore beaucoup de marketing la derrière, tant les chiffres demeurent distillés avec une grande parcimonie : on ne dispose d’aucuns chiffres de ventes réels !).
Ce n’est pas très surprenant finalement. On trouve très peu de liseuses en France. Quelques milliers d’exemplaires ont certainement été vendues, pour l’instant à des usagers qui ne sont certainement pas très grands publics pour faire de Marc Levy un succès. Le marché de niche français s’établit donc pour l’instant sur des publics de niches, faisant la part belle certainement aux livres d’informatique ou aux livres de littérature contemporaine. Quant à acheter des contenus pour les lire sur son ordinateur (et bénéficier des capacités de recherche que cela offre), pas sûr que Marc Levy soit une locomotive pour ce type de lecture savante.
Partout les ventes sont encore modestes. Bibliosurf a vendu 35 livres au format électronique en décembre (tous titres disponibles confondus). Les ventes sont faibles, comme le disait déjà en octobre dernier l’Immatériel, et Marc Levy n’a rien changé à cela, certainement parce qu’en l’absence de parc de liseuses, Marc Levy n’est pas assez spécifique pour séduire les Happy Few.
La poule ou l’oeuf ?
Est-ce l’absence d’ereader star et sa plateforme d’achat centrale qui empêche le décollage ou la dispersion des rares catalogues de titres disponibles au format numérique qui rend l’offre invisible ? Certainement un peu des deux. On ne peut pas vraiment dire qu’il y ait un marché de la liseuse en France parce qu’il n’y a pas de liseuse, ni de centrale d’achat ni une diversité de titres suffisante pour attirer au-delà des Happy Few. Et puis surtout, comme le rappelle très justement François Bon, il n’y a pas de modèle de vente innovant. Les prix sont encore prohibitifs (alors que le Kindle a bâti son offre marketing d’abord sur une différence de prix, même si celle-ci s’est révélée souvent de façade).
Pour imposer le livre électronique en France, il faudra un ou plusieurs eReader (peut-être que l’offre d’Orange va justement bouleverser un peu la donne – si elle est accompagnée d’une plateforme d’achat). Il faudra une offre de titres (elle se construit doucement via ePagine, Eden-livres et Immatériel notamment). Il faudra une plateforme (pour l’instant, nous en avons plusieurs qui bâtissent un excellent écosystème, démultipliant les points de ventes – voire la liste des libraires numériques -, ceux-ci étant capables d’agréger des fonds provenant de plusieurs fournisseurs et ce même en étant une « petite » librairie – et pas seulement une Fnac -, et ça c’est plutôt une force à venir). Et il faudra une politique commerciale ambitieuse : car pour développer un nouveau marché, il faut aussi que celui-ci soit attractif, qu’il se démarque des autres marchés. Et de ce côté là, la division des acteurs en place, en France, et le scepticisme des éditeurs, risque bien de peser longtemps en contre.
Publié dans liseuse, édition électronique |
Décevante cette première expérience multimédia d’Harper. 
