La Feuille
Observer l’innovation pour comprendre les enjeux de l’édition électronique
  • Derniers commentaires

  • Archives

  • Derniers billets

  • Catégories

  • Meta

  • Monopoles et disponibilités

    Publié dans archives par hguillaud le 3/02/2010 4:01

    André Gunthert : « L’idée d’acheter des choses pour les garder les surprend. Ils ont du mal à comprendre l’utilité de l’archive: ils vivent sur l’idée de l’abondance des contenus, de la disponibilité permanente et perpétuelle des images, orientée vers le futur et non pas vers le passé. Il y a des serveurs qui, magiquement, maintiennent disponibles un contenu désirable… Le contenu de demain sera toujours plus désirable que le contenu de la veille, et si tu ne trouves pas ce que tu cherches, tu as toujours à ta disposition un contenu de remplacement. Sur Youtube, il y a toujours une réponse. La sérendipité est comme une pertinence seconde, qui vient se substituer à la réponse exacte.

    InternetActu.net : Ce que vous décrivez à une conséquence… Le monde est restreint à ce qui est disponible. Ce qui ne l’est pas n’existe pas…

    André Gunthert : Oui, la question est bien celle de la disponibilité. Pour exister aujourd’hui dans l’espace culturel, il faut exister dans cet écosystème là. »

    En discutant, André évoquait ici clairement l’importance de rendre les contenus accessibles, à la manière de ce que fait François Bon. Etre disponible. Présent. Accessible. C’est la même question que nous adresse Philippe Quéau en évoquant l’oeuvre d’Adolph von Harnack, auteur du domaine public, qu’on trouve en anglais, mais pas en français visiblement : « Civilisations ! Ne mettez jamais tous vos livres dans le même lieu ! Que se multiplient les bibliothèques numériques, les greniers du savoir, les celliers de la pensée. Que se télécharge universellement la mémoire de l’humanité sur des milliards de disques durs! Civilisations! Ne laissez aucune entité, aussi « désintéressée » soit-elle, s’arroger le monopole de la mémoire. »

    Empressés de construire des réponses institutionnelles aux avancées d’opérateurs privés, aux silos marchands, n’aurions-nous pas tout simplement oublié de construire des répertoires pérennes, ouverts et coopératifs pour accueillir tous les contenus du monde ? La disponibilité permanente nécessite d’être entretenue via des projets coopératifs d’envergure. Où sont-ils donc ?

    Y avons-nous suffisamment contribué ? Combien de livres ai-je sauvé ? Rendu disponible ces dernières années ?…

    5 commentaires pour “Monopoles et disponibilités”

    1. jean-lou bourgeon dit :

      Bien évidemment, Hubert !

      Que nous ne soyons pas tous des François Bon (et des Hubert Guillaud pour nous rappeler de le devenir…) est proprement un scandale !… -:))

      Nous portons en nous la lourde responsabilité de laisser Google, Amazon et aussi Apple s’approprier notre culture, nos talents sans le moindre tressaillement.

      Qu’attendons-nous, citoyens, pour oeuvrer ? Car s’il faut compter sur nos élus, nous sommes déjà éradiqués ; nos valeurs, nos richesses s’effilochent au fil des semaines, des mois et nous restons là, hagards à regarder, impassibles, notre patrimoine se laisser aspirer sans réaction aucune.

      Je suis du reste très étonné de n’avoir ici aucun comment à ton post, 48 h. après sa publication…

      Perturbé, insomniaque depuis 2 ans, je tente de lutter pour des causes qui m’apparaissent essentielles (mais modestement, je ne suis qu’un lambda isolé dans la lande bretonne, d’autres, efficacement agissent).

      Au premier rang des luttes : les droits d’auteurs. Et déjà se dessinent comme nous l’apprend Clément (eBouquin : http://www.ebouquin.fr/2010/02/03/livre-numerique-loccasion-pour-les-auteurs-de-revoir-leur-contrat/#comments) des solutions pour une juste rémunération ; appelons que François / publie.net officie et offre une rétribution digne de ce nom depuis bien des années…

      Ensuite, à propos du papier, de l’odeur de l’encre : c’est un combat d’arrière-garde : notre culture se résume-t-elle au papier quand le numérique envahit tout : servons nous du numérique pour préserver/mémoriser les trésors de notre littérature, de notre culture.

      Le papier est l’apanage des éditeurs, constituant de facto un magot qui entretient le chantage et la prise d’otage des auteurs par les éditeurs…

      Ils perdurent ainsi dans leur volonté de s’auto-protéger.
      Tout leur file entre les doigts avec le numérique que personne ne peut contrôler ; in fine n’est-ce pas là l’un des atouts maîtres des octets : un accès à tous que seuls les plus créatifs comme Steve Jobs peuvent tenter, un temps de monnayer.

      Mais il faut aller au-delà et prendre part au « débat ». S’impliquer comme en son temps Isabelle Aveline l’a fait (seule) et continue à nous alerter sur l’impérieuse nécessité d’agir.

      Et puis tant pis si cela gène les éditeurs : il est des discours qu’il faut porter haut et loin, merci de nous le rappeler.

      Nous avons tous, tous ceux qui se sentent concernés par notre civilisation, la possibilité d’y travailler. Nous nous y employons.

      Il est vain de discourir contre l’iPad, Apple ou tout autre entreprise qui déploie des outils pour permettre au plus grand nombre d’accéder aux savoirs et aux connaissances ; ne sont-elles pas universelles ?

      Permettons au plus grand nombre d’y accéder et tant pis si c’est au détriment de secteurs qui ont notoirement, de tout temps, jalousement confisqué le travail des auteurs pour prospérer.

      L’imprimerie a payé son tribu ; ne faisons pas de démagogie ni de langue de bois : la filière du livre y laissera des plumes. Aux éditeurs d’être créatifs, ils n’ont rien à attendre des deniers publics : ils savent depuis 10 ans (industrie musicale, cinéma) ce qui les attend. Qu’ont-ils entrepris de novateur pour anticiper ? (trop occupés sans doute à gérer leurs bas de laine ???)

      Le combat n’est-il pas ailleurs ? Les auteurs ont une chance inespérée de renégocier leurs droits (je parle des droits print) tout en exigeant une quote-part justifiée sur le numérique (le passage du print au numérique fait chuter le coût d’un ouvrage de 40% et ce n’est pas les savants calculs du SNE pour nous expliquer que « tout compte fait » c’est quasi identique qui pourront nous leurrer).

      Alors, OUI, prenons part au combat !

    2. Pierre-Alexandre Xavier dit :

      La tentation est grande de vouloir être le seul : Google, Apple, Amazon, Barnes & Noble, mais aussi Hachette Distribution, Gallimard, Planeta, Bertelsmann, Reed, etc. et derrière des compagnies des soifs humaines, des individus, presque exclusivement des hommes, la cinquantaine passée, la tête pleine de rêves hégémoniques et de calculs financiers. Tous veulent le pouvoir ultime, l’anneau, celui qui régit tous les autres : la connaissance.
      Et André Gunthert a raison de rappeler le paradoxe sur lequel les assoiffés insatiables articulent leur projet : l’oubli. Car il faut oublier pour que la littérature du lendemain supplante celle d’aujourd’hui et occulte celle d’hier. Il faut oublier et vite. Rien de mieux pour cela qu’un foisonnement incessant, qu’une rumeur sans fond, qu’un déversement constant d’une information torrentielle indécodable par elle-même et si riche, si compacte qu’elle ne nourrit plus. Elle bourre…
      Ce paradoxe veut que le savoir, l’information, la connaissance soient comme l’eau : un liquide qui nous traverse, nous imprègne et que nous évacuons pour le recycler et nous recycler. L’homme nouveau, le cybernaute, aurait donc une mémoire de poisson rouge, oubliant son point de départ alors même qu’il n’a pas atteint son objectif. C’est un utilisateur amnésique.
      On mesure dès lors le chemin de traverse sur lequel nous entraînent ces inquisiteurs d’un genre inédit, ces maîtres indigents qui n’ont rien emprunté à Jacotot et ne rendent rien tant ils sont secs, momifiés, vides.
      Dans cette guerre de religions qui se cache derrière des affrontements économiques, ce sont les individus qui l’emporteront. Peu importe qu’ils soient ou non publiés, connus ou célébrés. La diffusion de la pensée n’a pas été arrêtée par des dogmes mais par des salauds. Ils faut donc , comme le propose à mots couverts Jean-Lou, continuer à les démasquer en usant de tous les moyens à notre disposition.

    3. Alain Pierrot dit :

      Lire, relire et faire lire La ruche d’Hellstrom de Frank Herbert

      http://www.livredepoche.com/livre-de-poche-3109220-frank-herbert-la-ruche-d-hellstrom.html

      http://en.wikipedia.org/wiki/Hellstrom%27s_Hive

    4. F Bon dit :

      oui, plusieurs questions dans une seule, dans l’échappée de fin d’Hubert et la façon dont tu reprends la balle au rebond, Jean-Lou

      effectivement c’est terrain prospectif où on écoute Hubert sans vouloir à tout prix venir commenter, même si ici on ne se prive pas de la discussion

      tout bouge sans cesse, notre rapport à la documentation du monde change l’idée même qui créait la fonction fable/récit/pensée – et a cristallisé dans le codex

      quand j’ai réagi sur mon blog à l’échange Hubert/André c’était pour dire que tout cela valait en grande partie pour le « texte », dans l’acception large du texte/tissu qui est le nôtre aujourd’hui, fait de langue, d’images, de voix mais aussi organiquement fait de nos échanges

      je continue de croire (ou faire comme si – mais là voir récente intervention d’André chez Affordance à propos des iPad, sur l’industrie culturelle se réappropriant les contenus) qu’un déplacement se fait progressivement vers ces nouveaux usages, et que nous apprenons – lentement là aussi – à faire émerger des formes d’échange, dans l’intérieur de ces usages, qui permettent diffusion plus lente, consultation dense, et prescription symbolique

      je continue de croire que l’outil Internet en lui-même (et c’est pas facile, au temps d’ACTA) porte capacité d’ignorer les grosses houles de la consommation prescrite, et qu’on peut continuer, silencieusement, à le détourner pour nos propres contenus, et que le plus dur de l’apprentissage n’est probablement pas dans la technique et les logiciels, mais de savoir à chaque étape laisser en arrière les modèles de pensée précédents

      le reste importe relativement peu : souffrir du silence et de l’inaction de toute une corporation, on appelait ça « écrivains » disposant d’associations, de réunion, de force collective, mais massivement désormais à l’écart du Net et où je comptais mes meilleurs amis, oui j’en souffre, mais de mon côté aussi les amitiés et partages se sont déplacés vers galaxie apparaissante – souffrir du quasi suicide (pour les « lettres ») de l’intelligentsia universitaire, qui se dit qu’Internet ne concerne pas son profil de carrière et ses points de retraite, continuant ses colloques et ses parutions d’articles inaccessibles à leurs propres étudiants, oui j’en souffre mais là aussi le débat d’idées se réorganise, et à terme repénétrera l’université quand elle renouvellera ses acteurs

      donc beaucoup moins esprit de « militance » (militer contre les monstres que sont amazon etc ? – mais même ceux qui devraient être ici nos alliés, côté éditeurs et groupes, nous ignorent royalement ou par simple méfiance), je m’en tiens à vieil axiome : j’installe sur mon site les contenus qui me semblent juste, je ne me détermine pas en fonction de la réception, je ne demande pas à mon expérience de viabilité économique, j’ai été précaire bien longtemps avant le Net ça peut encore tenir 10 ans

      il n’y a rien à sauver quand ceux qu’on estime devoir l’être ne le souhaitent pas

      et tellement de questions passionnantes sur le fond même (2 livres essentiels, je radote : « l’invention du livre », Lucien Febvre, version numérique dispo et gratuite sur Classiques des sciences sociales, « petits traités 1″ de Pascal Quignard chez Folio)

    5. tcrouzet dit :

      Vous évoquez en d’autres thermes la guerre dont j’ai parlé sur mon blog. Il faut être consciences des forces centralisatrices qui recherchent le pouvoir et nous y opposer si nous le jugeons nécessaire.

      Jean Lou va finit par comprendre qu’il faut pas vénérer Apple. :-)

    Laisser un commentaire