La Feuille
Observer l’innovation pour comprendre les enjeux de l’édition électronique
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  • Archive pour février 2010

    17
    02
    2010

    Transfert

    Pour la 2e fois depuis sa naissance, LaFeuille s’apprête à déménager. Et comme à chaque fois, c’est toujours avec un peu de regrets et beaucoup d’attentes. Des regrets forcément. Il n’était pas évident de quitter le confort de l’accueil d’Homo-Numericus, de quitter Pierre et Marin notamment, avec lesquels je me sens depuis longtemps en phase, en complémentarité. J’étais également à l’aise dans le confort qui est le nôtre, à échanger, plutôt entre-nous, dans l’espace créé par cette petite bouquinosphère que nous avons battis tous ensemble au fil des rencontres et des conversations.

    Il était difficile pourtant de refuser la proposition du Monde.fr : faire passer LaFeuille dans les blogs invités de la rédaction du Monde.fr. Difficile à refuser parce qu’il me semble important de porter les questions qui nous agitent au-delà de nos petits cercles d’experts que nous représentons – et la puissance de l’audience du Monde.fr est un argument de poids en ce sens. Il me semble toujours intéressant d’aller vers les gens, plutôt que d’attendre qu’ils viennent vers nous (c’est-même je crois tout l’enjeu de la diffusion numérique que nous évoquons souvent en ces pages). Cela ne veut pas dire pour autant changer, se dénaturer, se transformer… Cela signifie juste qu’il est toujours intéressant d’être plus lu, même si parfois cela signifie être mal compris.

    Bien sûr, ce déplacement va avoir des conséquences. Il risque d’apporter son lot de trolls, il va inviter à discuter avec nous un public non qualifié, pour qui ces 7 années passées à réfléchir et partager n’auront pas existé. J’espère que les commentaires de cette nouvelle feuille ne deviendront pas le champ de mines comme on les trouve dans bien des blogs du Monde. Mais il me semble toujours intéressant de toucher de nouveaux publics et surtout d’intéresser les gens à la façon dont cette bouquinosphère, dont je veux continuer à me faire le rapporteur, pense, réfléchit, agit.

    Pour ma part, je souhaite que laFeuille reste le blog qu’il a toujours été, ce brouillon à réflexion et à conversation… ce radar qui repère et signale. Et surtout cet endroit où l’on réfléchit, discute, tergiverse… Je souhaite que LaFeuille continue à être cet endroit spécialisé, cet endroit où l’on ne porte pas le même regard sur les transformations dans l’édition électronique que celle que nous proposent les industries de la culture.

    Il faut toujours tourner une page pour continuer sa lecture. Bienvenue à cette nouvelle feuille.

    Mes excuses à tous pour les liens perdus… J’espère que nous pourrons les rebâtir vite. Merci de mettre vos blogrolls à jour pour ceux qui en ont. A bientôt, là-bas…

    lafeuillelemonde

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    5
    02
    2010

    D’autres formes d’histoires…

    data_fiction

    Peut-on produire de la littérature avec d’autres choses que des mots ? Pas si simple de se dire qu’on pourrait faire de la littérature avec des petites cases… Sauf si ces petites cases servent à faire de la littérature autrement. Comme je le disais chez François toujours, on pourrait écrire avec des données plutôt qu’avec des idées. Faire de la littérature en tableur Excel. La faire entrer dans des bases de données. Créer des personnages avec des tableurs et utiliser des mahsups et Yahoo!Pipes pour créer des situations. Remplacer les mots par du code, des API, des bases de données. Transformer les phrases en formules et en requêtes SQL. Faire que l’autre soit moins maître de son oeuvre.

    A sa mesure, c’est à quoi s’essaye Jana Lange avec son projetSumedicina, un projet de fiction de données, qui utilise la visualisation de données pour raconter une histoire. Celle-ci tourne autour d’un homme qui travaille dans un laboratoire de de recherche sur les virus (Susmedicina), et qui a mis au point le 2KA6, un virus très dangereux. Tourmenté par sa conscience, il décide de détruire le virus. Avant de disparaître, il confie ses données à un inconnu rencontré dans un avion. Et ce dernier publie les données (en mode slideshow). Via Infosthetics.

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    3
    02
    2010

    Monopoles et disponibilités

    André Gunthert : « L’idée d’acheter des choses pour les garder les surprend. Ils ont du mal à comprendre l’utilité de l’archive: ils vivent sur l’idée de l’abondance des contenus, de la disponibilité permanente et perpétuelle des images, orientée vers le futur et non pas vers le passé. Il y a des serveurs qui, magiquement, maintiennent disponibles un contenu désirable… Le contenu de demain sera toujours plus désirable que le contenu de la veille, et si tu ne trouves pas ce que tu cherches, tu as toujours à ta disposition un contenu de remplacement. Sur Youtube, il y a toujours une réponse. La sérendipité est comme une pertinence seconde, qui vient se substituer à la réponse exacte.

    InternetActu.net : Ce que vous décrivez à une conséquence… Le monde est restreint à ce qui est disponible. Ce qui ne l’est pas n’existe pas…

    André Gunthert : Oui, la question est bien celle de la disponibilité. Pour exister aujourd’hui dans l’espace culturel, il faut exister dans cet écosystème là. »

    En discutant, André évoquait ici clairement l’importance de rendre les contenus accessibles, à la manière de ce que fait François Bon. Etre disponible. Présent. Accessible. C’est la même question que nous adresse Philippe Quéau en évoquant l’oeuvre d’Adolph von Harnack, auteur du domaine public, qu’on trouve en anglais, mais pas en français visiblement : « Civilisations ! Ne mettez jamais tous vos livres dans le même lieu ! Que se multiplient les bibliothèques numériques, les greniers du savoir, les celliers de la pensée. Que se télécharge universellement la mémoire de l’humanité sur des milliards de disques durs! Civilisations! Ne laissez aucune entité, aussi « désintéressée » soit-elle, s’arroger le monopole de la mémoire. »

    Empressés de construire des réponses institutionnelles aux avancées d’opérateurs privés, aux silos marchands, n’aurions-nous pas tout simplement oublié de construire des répertoires pérennes, ouverts et coopératifs pour accueillir tous les contenus du monde ? La disponibilité permanente nécessite d’être entretenue via des projets coopératifs d’envergure. Où sont-ils donc ?

    Y avons-nous suffisamment contribué ? Combien de livres ai-je sauvé ? Rendu disponible ces dernières années ?…

    Publié dans archives |

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    3
    02
    2010

    Le livre qui tourne ses pages tout seul

    editionsvolumiques

    Bertrand Duplat et Etienne Mineur (dont je vous recommande le blog) lancent les éditions Volumiques, celles qui « croient au papier » et attaque par un excellent buzz autour d’un livre qui tourne ses pages tout seul (vidéo), réalisé via Arduino (via @IsabelleAveline).

    A quoi servent donc les livres qui tournent leurs pages tout seuls, hormis à rêver ? (Je suis persuadé qu’on pourrait trouver des applications concrètes, pas vous ?).

    Publié dans art, papier |

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    2
    02
    2010

    La querelle des pratiques

    Mais pourquoi donc autant d’intellectuels semblent rejeter l’internet tout de go ? Pourquoi le monde de la culture diabolise-t-il ainsi l’internet ? L’exemple de la récente tribune de Jean Larose publiée par LeDevoir me semble assez typique des innombrables saillies qu’on entend à l’encontre d’internet (voir par exemple l’insupportable « débat » entre Alain Finkielkraut, Jean-Claude Carrière et Alain Fleischer, indiqué récemment par Pierre Assouline ; ou le tout aussi insupportable livre d’Eco et Carrière…).

    Il n’est pas question de « mutants » ni de « messies » pourtant, comme les dénonce Jean Larose. Juste une poignée de personnes qui s’interrogent pour savoir comment ils pourront demain lire des livres avec le même confort qu’ils lisent aujourd’hui des textes à l’écran. Voilà longtemps que l’enjeu n’est plus de lire : les gens lisent à l’écran ! Nombreux sont ceux qui lisent chaque jour des dizaines de pages… « L’hypertexte » n’est pas un terme religieux, comme le semble croire Jean Larose : en tout cas, pas plus qu’incunable ou que culture livresque, pour ces personnes.

    Comme je le disais chez Martin Lessard, qui cherche à comprendre pourquoi nous sommes visiblement dans un dialogue de sourds, il me semble vraiment qu’il faut se faire une raison de cette dichotomie.

    Je pense que c’est une question de pratique et de milieux culturels, profondément. Beaucoup de milieux culturels – même dans le monde des élites intellectuelles – n’ont pas de pratiques internet. De très nombreux chercheurs et de très nombreux intellos n’utilisent rien d’autre que le mail et quand ils cliquent sur un lien hypertexte c’est pour tomber sur quelques-uns des pires mèmes qui circulent sur le net. Il faut certainement bien avoir cela en tête pour comprendre ce rejet. Dans leurs pratiques, internet est absent. Ces gens lisent des livres papier et des revues, exclusivement. Ils impriment les articles de 10 pages en pdf qu’ils échangent uniquement par mail. Ils ouvrent encore des dictionnaires et se réfèrent aux livres quand ils ont une question à résoudre plutôt qu’à un moteur de recherche. Ce sont des prénumériques, et nous le sommes tous encore un peu.

    C’est fascinant de voir Umberto Eco (qui a pourtant été un grand penseur de la transformation du livre) ou Alberto Manguel (quelqu’un qui a écrit sur les pratiques de lecture), refuser d’un commun accord le monde venant d’internet et n’évoquer le numérique que sous la forme de CD-rom d’oeuvres complètes.

    La querelle des anciens et des modernes ne va pas s’éteindre demain, au contraire. Je crois bien que quoi qu’on dise, cela ne changera rien à leur posture. Définitivement, je ne pense pas qu’ils embrasseront ces pratiques. Ce ne sont pas celles de leurs générations. Nous sommes dans un dialogue de sourds, oui.

    Eux ne connaissent personne qui lit sur écran. Je ne connais que des gens qui lisent sur leurs écrans. Je raye cette jolie formule, fausse de chaque côté bien sûr, comme me tempère Jean-Michel Salaün en commentaire. Nos pratiques sont hybrides et les supports coexistent bien sûr !

    Encore une fois, ce n’est pas l’une contre l’autre. L’enjeu de l’électronique n’est pas de s’opposer aux formes anciennes, mais de libérer de nouvelles formes d’interaction, qu’on lise un contenu du début à la fin ou qu’on y grappille. Ces deux formes de lectures existent (parmi de nombreuses autres). Elles ne sont pas nées avec le numérique. L’une n’a pas moins de valeur que l’autre (la seconde fonde en partie notre culture scientifique et la première, qui révère le sage lettré qui a lu tous les livres (et que les bons), est devenue depuis longtemps impossible). L’enjeu à nouveau est juste de s’interroger sur comment, ceux pour qui le numérique est déjà devenu le terrain de lecture, pourront lire des livres avec le même confort qu’ils lisent aujourd’hui des textes à l’écran.

    Mise à jour du 8 février 2010 : Remerciements sincères à Bernard Descoteaux, directeur du Devoir, et à toute l’équipe web du quotidien, pour avoir levé la restriction sur le billet de Jean Larose et permis ainsi de continuer la conversation.

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