Technophobies
Tags: PMO, technophobie, Publié dans Non classé par hguillaud le 9/04/2009 10:02
Sur Biblio.fr, on trouvait ce message que je reproduis ici, à propos d’un tract diffusé à la médiathèque Picpus (dans le 12 arrondissement de Paris) suite à l’installation de bornes automatiques de prêt. Je le reproduis ici, parce que je trouve la contestation des nouvelles technologies et de leur impact très intéressant, derrière la radicalité de leur position et malgré leur réfraction à tout dialogue. Je suis assez fan des écrits de Pièces et Main d’Oeuvre publiés aux éditions de l’Echappée (et disponibles en ligne sur le site de PMO). Ces positions technophobes sont très argumentées, toujours rigoureuses et de nombreuses analyses sont justes et pertinentes. Bien sûr, elles sont teintées d’un insupportable « C’était mieux avant », et sont parfois méprisantes pour les gogos qu’il nous arrive à tous d’être… Mais elles soulignent que les transformations technologiques se font aussi dans des contextes politiques et économiques qui sont loin d’être neutres. Qu’elles ne sont pas toujours libératoire (au contraire), et qu’elles contribuent bien souvent à nous dominer toujours un peu plus. Que la transformation est bien souvent un prétexte à d’autres contraintes.
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BORNES AUTOMATIQUES,
PUCES RFID, LIVRES NUMÉRIQUES…
BIENVENUE DANS LA BIBLIOTHÈQUE DU XXIème SIÈCLE !PLUS RAPIDE ?
PLUS PRATIQUE ?
MOINS CONTRAIGNANT ?L’AUTOMATISATION DU PRÊT franchit une nouvelle étape avec l’instauration de bornes de prêt automatique, à Picpus et ailleurs. Grâce à ces bornes, finies les files d’attente (encore que), finies les erreurs humaines (mais vive les bugs !) et finie l’obligation d’être aimable avec celles et ceux qui nous rendent service. Mais
terminée aussi la chaleur du contact humain, envolés les conseils sympas des bibliothécaires qui nous renseignent sur nos emprunts, et très bientôt terminé aussi avec les bibliothécaires, avant que la
bibliothèque elle aussi ne ferme ses portes pour rouvrir sur googlebooks.fr ou toute autre plate-forme dont on ne cesse de vanter l’exhaustivité et l’efficacité (sans même parler de sa juteuse rentabilité !).LE MONDE QU’ON NE CESSE DE VOULOIR NOUS VENDRE, censé être plus pratique et plus rapide, obéit en réalité à une double volonté : créer de nouveaux marchés (comme lorsqu¹une entreprise privée est payée par
les pouvoirs publics pour installer du matériel électronique) et réduire la masse salariale (un vigile prendra la place de dix bibliothécaires avec des bornes de prêt efficaces). Et si pour chaque salarié-e remplacé-e par des machines, la pilule est déjà difficile à avaler, des pans entiers de personnels seront finalement dépossédés des savoir-faire qui les rendait utiles et compétents. Non seulement la machine ne vous fera jamais de sourire, mais c’est ainsi que chaque métier d’aujourd¹hui en vient à devenir purement mécanique et
répétitif, jusqu’à être vidé de son sens initial : les magasiniers ne sont désormais plus considérés que comme des manutentionnaires au service des machines gestionnaires des livres, et leur connaissance du fonds se perd, tout comme l’ancien savoir-faire des artisans a disparu avec les immenses chaînes de production des usines, véritables bagnes industriels modernes. Plus l’on intègre les savoir-faire professionnels dans des machines, plus les salarié-e-s deviennent remplaçables, c’est-à-dire délocalisables, jetables et donc corvéables à merci.ENFIN, LA LOGIQUE DE LA NUMÉRISATION a besoin de chevaux de Troie (telles les bornes de cette bibliothèque ou les puces RFID servant à tracer chaque livre), pour s’insinuer au coeur de la chaîne du livre :
les magnats de l’édition électronique (qui sont parfois aussi marchands d’armes) rêvent de profits colossaux grâce à la numérisation intégrale des fonds papier, sans se soucier des éditeurs et libraires, mais aussi correcteurs, imprimeurs, diffuseurs, etc. qu’ils fragiliseront puis démantèleront sans coup férir. Le livre
électronique, que les industriels tentent de nous imposer depuis plusieurs années (pour l’instant sans réel succès), vise à transformer le monde de l’écrit en société du zapping numérique généralisé. Il suffit de se rendre au salon du livre pour y voir ces commerciaux en costard vendre leurs e-book comme s’ils étaient au salon de l’auto, tout en faisant croire que les profiteurs sont les éditeurs. Pourtant, une partie de ces derniers reste encore vaille que vaille passionnée, attachée à l’objet livre en tant qu’il est créateur de lieux d’échanges et d’espaces collectifs, au premier rang desquels figurent les librairies et les bibliothèques – ces dernières étant fréquentées par une personne sur deux en France en 2006. Ainsi, à l’inverse de la démagogie populiste faisant d’Internet le contrepoint populaire des librairies et bibliothèques élitistes, nous pensons que le livre est
au coeur des possibilités d’émancipation collective et d’élévation culturelle : les bibliothèques, véritables lieux de mixité où se croisent des hommes et des femmes de tous âges, de toutes classes et de tous horizons, sont un des derniers outils de diffusion et de réappropriation collective des savoirs, là ou le numérique ne fournit que des contenus vidés de leur sens à des individus isolés devant leurs écrans. « Élitaire pour toutes et tous » pourrait être notre mot d’ordre, puisque nous persistons à préférer les savoirs, potentiellement émancipateurs, aux contenus, bien souvent interchangeables voire abêtissants.LE MYTHE LIBÉRAL DE L’ACCÈS AU SAVOIR égal pour toutes et tous, sur lequel surfe la déferlante numérique, oblitère le fait que nul-le ne peut prétendre n’avoir pas accès à suffisamment de livres (il suffit de se rendre dans la moindre bibliothèque pour se convaincre qu’on n’aura jamais le temps d’en lire assez), alors que la question de la connaissance pose en réalité celle de la transmission, c’est-à-dire de l’éducation à l’écrit, revendiquée par tous les mouvements d’émancipation antérieurs à Internet : le réseau nous apprend en fin
de compte davantage à glisser à la surface des idées qu’à les comprendre et à savoir s’en imprégner pour penser par soi-même. Le Web et le futur livre numérique permettraient d’accéder à tout !? Mais que
lira-t-on alors ? Rien, ou plus probablement rien de ce qui s’apparente aujourd’hui au livre, dans lequel on s’immerge longuement, patiemment et tranquillement, en dehors de la société des flux incessants et tourbillonnants d’e-mail, messages msn et autres textos qui nous happent à chaque instant dans leur propre temporalité.La télévision a contribué à détruire le lien social, et on nous fait croire que l’informatique, en nous simplifiant la vie, va le recréer ? Quand on s’apercevra que le numérique a encore appauvri les relations et échanges collectifs, qu’inventera-t-on pour « recréer » à nouveau du lien social et poursuivre toujours plus loin la spirale d’un monde en perpétuelle déshumanisation ?
Des lecteurs et lectrices, bibliothécaires, libraires, traducteurs et éditeurs
Livres de papier
c/o Offensive, 21ter
rue Voltaire 75011 Paris
livresdepapier@gmx.fr

9 avril 2009 à 10:36
bizarre… je regardais à Québec (bib Gabrielle-Roy) ces appareils pour le prêt automatisé, c’est vrai que ça fait supermarché sans les caissières, mais c’est à la toute sortie de la bib, et dans chaque secteur de la bib les bibliothécaires sont au contact des gens – à Bagnolet où je suis chaque semaine, l’ensemble des personnels passe par roulements d’1 heure à la banque de sortie où sont enregistrés les prêts, mais c’est pas là que se passent l’orientation, le conseil, le contact
et précisément l’intégration du numérique, pour la prescription, la curiosité, l’implication du personnel via leur prise en main du partage web, dans les 2 cas c’est perçu comme enjeu essentiel
quant aux réductions de personnels (apparemment peu de bibs pour y échapper ou ne pas être en accrochage avec leurs chères mairies sur la question), faire de l’automatisation des services et du Net le bouc émissaire c’est politiquement un peu léger
ça semble un fait nouveau depuis quelques mois cette agressivité à l’égard du numérique, à proportion du côté irréversible de la bascule ?
9 avril 2009 à 11:44
Je l’analyse plutôt comme toi également François. La banque de sortie ne me semble pas le plus l’endroit le plus intéressant à investir socialement. Oui, l’automatisation des services est toujours vécu négativement – et, dans les faits, il supprime et déplace effectivement des emplois (remplaçant des emplois qualifiés par des emplois moins qualifiés, ou l’inverse, c’est selon, où les déplaçant – on créé des emplois dans la firme qui construit les robots mais on en enlève dans la bibliothèque…).
Mais oui, l’agressivité qui monte marque sûrement le côté irréversible de la bascule, et aussi la perte de maîtrise, la dépossession.
9 avril 2009 à 1:13
Il y a peu de choses entre le numérique que l’on veut nous vendre et les sourires citadins que l’on cherche avec l’avidité malsaine du frustré. L’un défend sont pain, l’autre sa trop proche proximité. Grâce au numérique, je peux continuer ma vie de citadin (que l’on m’a inculqué durant les études) à la campagne d’où je suis originaire sans la vie pitoyable que je menais dans le 12° à Picpus (que je revois avec plaisir de temps à autre…). Par contre, il est vrai qu’un nombre incalculable de malfrats de tout bord profite de l’affaire et « tant pis pour ceux qui tombent aux rancards, du moment qu’j'en profite ». Le tout est d’enrayer à temps ce qui ressemble aux aspects climatico-financiers qui nous mèneraient à cette fameuse apocalypse inscrite en nos mémoires balbutientes.
9 avril 2009 à 3:33
D’accord avec toi Hubert sur l’intérêt de ces discours, et d’accord aussi sur le côté insupportable de la défense des vendeurs de bougie à l’ère de l’électricité… Pas de doutes que l’automatisation des bibliothèques n’est pas là (sauf détournements, et il y en a) pour supprimer des postes, mais pour soulager des bibliothécaires du fameux bip-bip à la banque de prêt/retour. (et des maladies du travail liées, l’ergonomie n’étant pas notre fort….).
François, pour aller dans ton sens, on lira avec intérêt ce témoignage de la directrice des champs libres à Rennes, bibliothèques entièrement automatisée : « l’automatisation ne semble pas nuire au dialogue entre le personnel et les lecteurs. Les usagers viennent au contraire plus facilement solliciter les agents qui, libérés des tâches mécaniques, sont disponibles et mobiles: pour le lecteur, il est plus facile d’engager la conversation incidemment entre deux rayonnages plutôt que de solliciter l’aide d’une personne assise derrière un bureau. »
Impacts aussi sur l’aménagement et les circulations : « Est-ce une conséquence de l’automatisation qui supprime la concentration des usagers en un point donné ? Il règne dans toute la bibliothèque une atmosphère sereine, fluide. Pour MarieThérèse Pouillias, directrice de la médiathèque des Champs libres, l’impact sur l’ambiance est une évidence : « Les opérations de prêts et de retours structurent fortement l’organisation d’une bibliothèque. Ce qui m’avait séduite lors de mes visites dans les établissements automatisés des Pays-Bas, c’était l’absence de passage obligé aux banques de transactions, ce qui donnait une grande liberté à la circulation des visiteurs. Penser l’organisation d’un établissement, c’est penser les flux entre le personnel, les usagers, les collections. » »
http://nedap.fr/contenu.php?id=202
9 avril 2009 à 4:10
Pour avoir travaillé pendant près de 2 ans aux Champs Libre, aussi bien au niveau des automates, qu’aux bureaux dans les étages, je me permet de donner mon humble avis, et rejoint les avis positifs sur l’automatisation.
Le carrousel et les chariots dans le hall opèrent un premier tri qui fait vraiment gagner du temps, et d’en consacrer davantage au reclassement. C’est dans ces moments là que les lecteurs viennent nous poser le plus de questions. Et comme les chariots qui montent du hall sont déjà pré-classés, on peut prendre le temps de bien leur répondre et de creuser leur requête.
En plus, les lecteurs ont toujours autant le réflexe de venir nous voir quand ils cherchent un livre, ou pour les connexions wifi (même ceux qui savent utiliser le catalogue en ligne ou maitrisent leurs ordis)
J’ajouterai que cette rapide rotation automatisée permet de sortir plus de livres, et désengorge les rayonnages.
9 avril 2009 à 4:19
(Juste un dernier point : depuis 2008, Marine Bedel a remplacé Marie-Thérèse Pouillias à la direction de la Bibliothèque des Champs Libres)
9 avril 2009 à 5:14
J’habite à l’étranger et ici on se sert de ces bornes automatiques depuis longtemps. C’est utile mais il est vrai que emprunter ou rendre les livres auprès d’une personne était plus agréable et aussi plus pratique: il y avait une vérification manuelle immédiate de l’objet et on pouvait faire remarquer des défauts, comme des pages qui se détachent.
Ce que je ne vois pas surtout c’est ce que ca leur rapporte. Ils n’ont pas l’air d’avoir diminué leurs effectifs et je n’ai pas l’impression que les bibliothécaires sont surchargés de travail. A vue de nez, ils passent surtout beaucoup de temps à surfer sur le web et à papoter entre eux.
9 avril 2009 à 6:36
Je suis un des commerciaux en costard qui vendaient des ebooks au salon du livre, et je vous assure que jamais, au grand jamais je ne mettrai les pieds dans un salon automobile. On peut être pro-numérique et militant pour les alternatives à la voiture individuelle, quoi qu’en dise le lobby du papier.
10 avril 2009 à 11:36
Bibliothècaire « à l’ancienne », je suis profondémént d’accord avec ce texte . Du temps que , responsable d’un centre de formation CAFB, je recevais des (futures )élèves ou leur mère qui mettaient en avas leus amour du livre , je leur disais qu’en lecture publique , il vaut mieux surtout aimer les gens, être à l’aise dans le dialogue .
mais évidemment , dans la frénésie qui a saisi les politiques de tout faire pour que les choses soient facteurs d’économie d’échelle de rentabilité …c’est ce que je désigne par syndrome RATP:certes, le travail de poinçonneur n’était pas très attrayant , mais on n’était pas obligé de faire ça toute sa carrière , et c’était une présence humaine sur les quais , on pouvait leur demander des renseignements et cela faisait du boulot peu qualifié, mais c’est quand même plus gratifiant que le RMI !
Vous avez raison , plus d’humanité ! Et au fait, que se passe-t-il si vous faites un malaise devant une machine ?
11 avril 2009 à 6:25
Un autre monde émerge.