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Observer l’innovation pour comprendre les enjeux de l’édition électronique
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    2008

    Ce que la lecture à l’écran peut transformer

    Passer des livres papier aux livres électroniques, qu’on lit sur un écran d’ordinateur, de mobile ou de liseuse, transforme radicalement la lecture, rappellent Richard Bawden et Mark Harding de KPMG en évoquant les scénarios futurs du marketing du livre. Or, pour l’instant, les éditeurs se contentent de faire glisser leur contenu vers le numérique, sans rien n’y ajouter.  “Les éditeurs doivent comprendre que les livres à l’écran augmentent l’expérience de lecture, avec du son ou de l’image qui ajoutent de nouvelles dimensions. Pensez à l’impression que ferait le souffle de la neige s’ajoutant à la lecture quand Lucy traverse l’armoire et entre dans Narnia pour la première fois, voilà qui offrirait des plaisirs extra-sensoriels supplémentaires aux jeunes lecteurs.”

    L’exemple est certainement bien choisi, parce qu’il parle aux gens. Mais là encore, que serait un livre augmenté de sons ? Un livre avec de la musique de supermarché du début à la fin ? Faut-il entendre le souffle du vent de la Terre de Feu de Coloane pour être transporté ? Y’aura-t-il des différences sonores entres éditeurs, certains exploitant des sons de moins bonnes qualités que d’autres ?…Les éditeurs de livres sonore le savent assez bien, mais ils maitrisent le rythme de lecture ? Comment déclencher un son à la seule lecture du livre ? Juste quand les yeux passent sur un passage ?

    Voilà qui n’est pas infaisable techniquement, mais plus complexe qu’il n’y paraît en tout cas et faut-il en user avec modération ou pas ? Les innovations posent toujours plus de questions qu’elles n’en résolvent !

    Via Toc.

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    8 commentaires pour “Ce que la lecture à l’écran peut transformer”

    1. Pascal dit :

      J’ai un sentiment étrange… Pour moi la différence essentielle entre la lecture et d’autres modes de communication plus complets réside dans cette incomplétude même. J’aime à la lecture imaginer couleurs, sons, odeurs, goûts, en laissant raisonner (au sens musical) le texte avec tout ce qui c’est accumulé dans ma mémoire. Et cette lecture devient active et très formatrice. Si d’autre part l’objet culturel me donne tout, ou presque, je risque de devenir passif, ou presque. On glisse là de la culture à la communication. C’est un peu manichéen mais je vois ce risque à assimiler le livre avec les autres formes de communication évoquées ci-dessus. Je crois qu’il faut soutenir le livre papier, le livre quoi, parce qu’il est un support bon marché, et libéré de la technologie !

    2. hguillaud dit :

      Je serais assez d’accord avec vous Pascal, a priori. Mais peut-on croire qu’on continuera à faire des livres pour des gens comme nous ? Aujourd’hui déjà, la production culturelle de livre ne représente plus qu’une petite partie de la production (en volume) par rapport aux “produits” marketing.

      L’idée n’est pas forcément que l’objet culturel donne tout, ni de remplacer le livre par un film - on en est pas encore là, quoique ;-) -, mais bien d’essayer de comprendre où se situe la frontière entre passif et actif justement. Qu’est-ce qui “augmente” mon plaisir de lire, qu’est-ce qui le “diminue” ? Mais je suis d’accord avec vous, le risque de se faire subvertir par la communication et le marketing est très fort.

      Mais le repli sur le livre papier, je n’y crois pas. Pour ma part par exemple, dans mon travail, j’ai besoin de livres au format électronique, pour chercher dedans, citer plus rapidement, et pouvoir faire prévaloir (parfois) ce qu’on trouve dans les livres à ce qu’on trouve sur le web. Encore une fois, le propos n’est surtout pas d’opposer l’un à l’autre, mais de dire que nous devons expérimenter de nouvelles formes pour mieux les comprendre.

    3. Virginie Clayssen dit :

      Oh non, je ne’aurais surtout pas voulu que quelqu’un vienne à ma place ajouter des sons ou des images sur le texte du livre de Richard Powers que je viens de terminer… Mon imagination fait cela très bien toute seule, à son rythme, avec ses couleurs, ses sons.
      Mais une fois encore, la littéraure ne représente qu’une partie de la production de livres. Je ne veux absolument pas d’une représentation en 3D de la casquette de Charles Bovary, si méticuleusement décrite par Flaubert. Par contre, une représentatiion en 3D animée expliquant ce qu’est une clef de voûte dans un ouvrage d’archiecture, je n’ai rien contre. Un extrait vidéo dans un guide de voyage ou un manuel scolaire numériques, bien sûr. Une démo animée dans un livre de bricolage, le son d’un chant d’oiseau dans un menuel d’ornithologie, tout cela fait sens, et ne vient pas parasiter le travail de mon imagination. Répétons-le encore et encore : il n’y a pas “le livre”. Il y a “des livres”. Et tous les livres ne sont pas égaux devant le numérique…

    4. hguillaud dit :

      Tout à fait d’accord Virginie. En même temps, pour ma part, après avoir lu Coloane ou Sépulveda, je me suis précipité pour chercher des images des pays dont ils parlent.

      Dans l’exemple très précis et subtile donné par les auteurs, j’avoue que cela fait envie. A tout le moins, suffisamment pour demander à être essayé. Je ne crois pas que le problème se résolve en disant ça marche pour le technique pas pour la création. Bien sûr, voir la casquette de Charles Bovary en 3D, n’est pas nécessairement adéquat, mais peut-on ajouter de la musique lors du bal du Vicomte ? Le bruit de la pluie à Yonville ?…

      Penser ajouter quelques sons à certains endroits d’un livre, en utilisant le BlueBook de Manolis Kelaidis (puisque c’est justement ce qu’il permet), pourquoi pas ?

      Bien sûr, cela pose aussi de nombreux problèmes. Est-ce que les moments forts d’un livre seront seulement ceux soulignés par un son (qu’est-ce que ça dit des autres moments ? Cela signifie-t-il que c’est ceux où l’on doit s’embêter ?) ? Est-ce que cela signifie qu’on pourra se contenter de partie multimédias (alors à quoi ça sert le reste ?). Néanmoins, je pense que cela vaut le coup d’essayer. De regarder l’effet que cela fait à la lecture, sur le lecteur… L’idée n’est pas de parasiter l’imagination, mais de voire jusqu’où et comment on peut la soutenir justement, sans la tuer. Subtile.

      Pour autant, je suis entièrement d’accord, tout cela a encore plus de sens avec tout livre technique. Livre ? Parle-t-on encore de livre ?

    5. uccen dit :

      “augmentation de l’expérience de lecture” : l’expression devrait parler d’elle même et faire lever un sourcil. Mais on feint d’ignorer que la logique de l’”augmentation”, corollaire de celle de l’”enrichissement”, sont issues du vocabulaire de base de l’économie et se trouve comme naturellement transférée - sans questionnement - à l’expérience esthétique, celle de la lecture en l’espèce. L’effet de “gavage sensoriel” (que peut procurer le cinéma) pourra peut-être trouver un nouveau tremplin dans le e-book qui n’aura aucun problème à rapidement fusionner avec la console de jeu et le lecteur de DVD. Les “contenus” doivent être “déclinables” en une infinité de formes ou supports disait-on dans un grand groupe de communication dans les années 2000 qui rêvait au parc de Mickey. Pensait-il alors que les formes et supports pourraient fusionner, entrant dans une logique d’”enrichissement” mutuel (écrit, son, image, odorat, etc.) ? “Enrichissez vous”, encore et toujours.
      Les défis esthétiques de cette grande convergence des supports sont devant nous.

    6. Patrick Altman dit :

      Quelle clairvoyance !?

      Mark Harding doit être considéré comme un grand consultant pour écrire, je traduis, “Le temps est venu pour les éditeurs de commencer à réfléchir sur la façon de faire payer pour du contenu électronique : par livre, par extrait, par résumé, par mois, il existe une infinité d’opportunités”.
      C’est la seule question qui agite les éditeurs depuis 10 ans : Comment gagner de l’argent avec le texte numérique ?
      Depuis 10 ans personne n’a répondu à la question. Numilog qui vient d’être racheté par Hachette n’a jamais communiqué un élément de chiffre d’affaires sur son activité électronique. Larousse essaie de se rattraper aux branches en lançant un site dit “collaboratif” de son encyclopédie pour concurrencer Wikipedia.

      Par ailleurs je pense qu’il faut arrêter de penser à la problématique en terme de devenir du “livre”. Ce qui est devant nous c’est un tout autre rapport à l’écrit, à la culture véhiculée par le texte. Article, roman, poème, essai., récit… et bien d’autres formes d’écrits sont d’abord confrontés à l’évolution de l’acces aux autres médias : son, images fixes, audiovisuel. Non pas dans un sens de convergence mais bien de concurrence. L’écrit est resté jusqu’à ces toutes dernières années le seul média de transmission culturelle accessible en mode asynchrone. La radio et la télévision n’étaient disponibles qu’en mode synchrone. Avec les podcast radiophoniques, la disponibilité croissante d’émissions (documentaires, reportages…) de télévision visibles à la demande et souvent gratuitement, les médias audiovisuels tirent pleinement parti des capacités du monde numérique en réseau. Il faut aussi ajouter les sites dédiés à la culture d’un point de vue universitaire (voir par exemple Akadem - le campus numérique juif .
      Peut-être que la question n’est pas tant de savoir si le texte sur un écran change l’accés au texte, mais quelle est la place du texte dans le monde des écrans ? Travaillons sur les apports spécifiques du texte par rapport aux autres médias.

      Une question similaire s’est posée pour la peinture à l’avènement de la photographie. Impressionnisme, art abstrait, cubisme, bien des formes nouvelles sont alors nées. Peut-être que le livre pourrait devenir un nouvel espace de recherche artistique passant de la production industrielle à l’oeuvre unique.

      A suivre…
      Patrick Altman

    7. hguillaud dit :

      Tout à fait Patrick. Ce serait un bon sujet pour le BookCamp ? Tu te lances ?

    8. Patrick Altman dit :

      Ok Hubert - je prends - je réfléchis à un type d’atelier dont le titre pourrait être :
      Les futurs du texte - Conquête des espaces numériques et Renaissance du livre -

      A suivre…
      Patrick Altman

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