“Livres, Internet, sciences humaines”

Date avril 4, 2008

Olivier Donneau signe une tribune piquante dans la revue COnTEXTES, intitulée “Livres, Internet, sciences humaines” :

“Les écrits académiques, pourtant déjà agréés par un jury compétent dont l’avis devrait suffire, n’échappent pas à la règle. Les exigences formelles des éditeurs exercent parfois une influence sur le fond. Les textes doivent être remaniés, leurs notes infrapaginales élaguées, leur vocabulaire simplifié. Ils doivent subir le démantèlement partiel du dispositif érudit qui avait permis la consécration universitaire des sciences humaines. Ils doivent se soumettre au traitement d’une industrie qui les grée afin de les envoyer à la recherche d’un lectorat. Car, pour eux, il y aurait un public. Le discours des sciences dures n’a pour horizon que le monde savant. Celui des sciences humaines doit de surcroît atteindre le vaste monde. Il a deux audiences et pratique donc deux langages. Celui réservé à un jury universitaire ou à une revue érudite n’est pas celui que l’on destine à un éditeur. Au chercheur échoit l’étonnant devoir de se traduire lui-même. À cette contrainte s’ajoute une série de prestations techniques. La composition, la mise en page et l’illustration lui sont souvent confiées. Les résultats déconcertants, bien que cautionnés par les logos de grandes maisons, nous rappellent cruellement qu’il existait jadis des maquettistes et témoignent que l’attachement des littéraires aux « beaux livres » n’est peut-être pas si viscéral. Enfin, le financement peut, lui aussi, incomber au chercheur qui consacre un temps considérable à ces diverses opérations. Après avoir tant donné, est-on au moins certain d’atteindre le but ? Rien n’est moins sûr. L’émiettement des sciences humaines, la spécialisation croissante, la prolifération des textes académiques, la défaite des grands systèmes explicatifs ainsi que le retour du sujet, du particulier et du singulier comme objet ont pour effet la mise sur le marché d’ouvrages dont la portée est de plus en plus réduite. Qui les achète ? Essentiellement les chercheurs et les institutions qui les abritent, bouclant ainsi le cycle de la commercialisation du livre savant. “
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Olivier Donneau, « Livres, Internet, sciences humaines », COnTEXTES, Prises de position, mis en ligne le 3 avril 2008. URL : http://contextes.revues.org/document902.html. Consulté le 04 avril 2008.

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