20 % pour qui ?

Date avril 4, 2008

Je rebondis encore sur le dernier billet du blog des éditions O’Reilly en France, suite au commentaire de François Bon. Le billet montre que le livre électronique (en bleu) dégage une marge immédiate (ou moyenne) de 20 % par rapport au livre papier (même en gonflant bien l’administration des serveurs ;-).

margedeleditionelectronique.jpg

Le calcul n’est pas très clair et il faudrait un objet interactif pour mieux comprendre, mais il a le mérite d’exister. Dans le cas du livre papier, une fois le seuil de tirage minimum amorti (entre 800 et 1200 exemplaires), ensuite, les marges s’accumulent (au moins jusqu’à épuisement du tirage). Mais dans l’électronique, le calcul va être le même ! Pour mieux apprécier, il faudrait comprendre où se situe le point d’équilibre de l’électronique par rapport au papier. Grosso modo, combien d’exemplaires électronique  dois-je vendre pour rentabiliser mes coûts fixes (et qui sont quasiment tous fixes, contrairement à l’édition qui a des couts variables d’impression selon le tirage et surtout aux retirages) ?

Enfin, si on veut continuer les mathématiques, on calculera le prix du livre électronique comparé à celui du papier pour un équilibre à la même quantité vendue. Histoire de savoir à partir de combien de livres électroniques vendus je couvre tous mes frais, sachant que les couts variables sont beaucoup plus réduits que dans le cas de l’impression. Et après, on fera bouger le prix, pour ajuster le prix du livre aux quantités vendues tout en rentrant dans mes frais (ça me rappelle mes cours, monsieur Weber).

Dit autrement, la perspective d’une marge de 20 % (et encore, sans imaginer une seconde que les ventes de livres au format numériques s’envolent, je suppose) va attiser les convoitises. Des auteurs, qui en ont marre d’être les dindons de la farce, et on les comprends. Des distributeurs (les libraires) qui voudront avoir un pourcentage peut-être plus fort sur les ventes numériques que sur les ventes papiers. Des lecteurs enfin, qui feront pression pour payer les livres électroniques au moins 20 % de moins que les livres papiers ! Et je pense que 20 % ne suffira pas ;-).

Et encore, c’est sans parler du prix de vente. Car contrairement au livre qui se protège derrière l’argument de la réimpression pour que son prix reste unique, on pourrait même imaginer, soyons horrible, que le chiffre de vente d’un produit livre électronique baisse avec le temps ! Et oui, malgré les apparences (tout le monde s’accorde à vouloir vendre le livre électronique quasiment au prix du papier), le livre électronique pour l’instant, peut s’ajuster. Ce qui signifit que le prix d’un exemplaire numérique pourrait varier. On le fait à 15 euros pour les 4000 premiers et ensuite on le brade à 3 euros !

Les éditeurs vont-ils découvrir le capitalisme sauvage ?

Assurément, cette marge que vous montrez là messieurs, avec un grand chiffre, va pousser tous les acteurs de la chaîne à vouloir prendre leur part de gâteau, avant même qu’il ne soit levé. Et ce d’autant plus que le régulateur regarde ailleurs… Si l’on croit toujours que la culture n’est pas un produit comme un autre, il est tant de se dire qu’il faut adapter la loi Lang au numérique.

26 commentaires pour “20 % pour qui ?”

  1. Alain Pierrot said:

    Bonnes remarques sur le caractère difficilement interprétables de ces schémas de décomposition des postes composant un prix de vente — et mêlant des coûts liés à la vie du produit.
    J’ai souvenir d’avoir plutôt travaillé avec des comptes d’exploitation prévisionnels, qui permettaient d’envisager plus commodément les effets des retirages, changements de prix, retours, cessions de droits, soldes et autres pilons sur la durée d’exploitation.
    Ramener ces données à une moyenne comme celle montrée dans les schémas ci-dessus peut masquer bien des différences.

  2. Alain Pierrot said:

    interprétable au singulier, désolé.

  3. JM Salaun said:

    Bonjour Hubert,

    Il y a en effet beaucoup de problèmes avec ce genre de calcul, qui met en parallèle des éléments non comparables. J’ai peur qu’il ne conduise à plus de confusion et de discussions oiseuses qu’il n’éclaire les débats.

    Deux exemples :

    1) la notion d’exemplaire n’a rien à voir dans le numérique et dans le papier. Sans doute, dans le monde du papier les coûts variables sont importants avec les couts d’impression et de réimpression, ceux de distribution, de mise en place, retour etc. Mais les rentrées sont proportionnelles aux exemplaires vendus (dont le prix d’ailleurs baisse avec le temps en cas de succès = livres de poche). Il est douteux que, malgré leurs espoirs et toutes les DRMs du monde, les éditeurs puissent maintenir cette proportionnalité dans le numérique, qui est contraire à la nature du produit transformé en signal, sauf en cassant les prix radicalement. On peut éventuellement imaginer une proportionnalité à la consultation ou au temps de consultation éventuellement, mais je doute qu’elle ne tienne très longtemps.

    2) Dès lors, il est plus vraisemblable que le modèle de licence, c’est à dire un modèle de consultation libre d’une collection à laquelle on a accès selon des modalités et un verrouillage qui peuvent être très variables, s’imposera à terme. On le voit arriver, après bien des gesticulations inutiles, dans la musique. Ce modèle a une structure de coût et de rentrées financières radicalement différentes.

    Il faudra un jour arrêter de vouloir transposer le monde du papier sur celui du numérique..

  4. hguillaud said:

    Oui Jean-Michel, mais je crains que la licence prenne encore beaucoup de temps. Car elle demande que les éditeurs s’accordent entre eux. Et on sait qu’ils en sont loin.

  5. JM Salaun said:

    Pour avoir participé, il y a quelques années, aux discussions sur l’édition numérique des revues SHS, je suis moins pessimiste. Les éditeurs étaient au départ radicalement hostiles à l’absence de proportionnalité.

    Aujourd’hui, nombre d’entre eux se sont regroupés dans CAIRN. C’est un petit pas dans un secteur particulier et peu stratégique. On peut en discuter les modalités, mais c’est pour le monde de l’édition traditionnelle française un changement radical de mentalité. Cette première expérimentation pourra faire réfléchir.

  6. Xavier Cazin said:

    Exact, ce schéma n’était pas si clair que ça ! J’aurais dû effectivement indiquer que ces pourcentages s’entendaient à quantité vendue égale et prix égal.

    Autrement dit, si un ouvrage se vend sur papier à un nombre d’exemplaires suffisants pour dégager une marge de 5%, le même ouvrage en PDF dégagerait 20% s’il se vendait au même nombre d’exemplaires et au même prix. En outre, ces 20% n’auraient pas vocation à être de la marge nette, mais serviraient à engager d’autres investissements, dont j’ai donné quelques exemples.

    Pour l’administration, j’ai un peu trop résumé aussi (ce que les lecteurs sont exigeants de nos jours :-). Outre la location des serveurs, il faut amortir le développement, l’intégration au système de comptabilité, la maintenance, le support client (pour expliquer par exemple que le PDF de 20Mo n’est pas envoyé en pièce jointe, mais attend sagement sur le serveur d’être téléchargé). Ce pourcentage baisse avec le nombre de fichiers en ligne, mais n’est jamais négligeable, car les frais fixes engagés (en l’état actuel des techniques en tout cas) sont assez longs à amortir.

    Tous les points que vous soulevez sont pertinents et méritent effectivement d’être pris en compte. Je vais réfléchir à intégrer cela dans un futur post.

    Merci de votre vigilance !

  7. F Bon said:

    il me semble qu’on est vraiment dans une période de transition

    pour l’instant, il s’agit seulement de numériser des contenus qui sont aussi ou déjà diffusés par voie traditionnelle, donc en gros on décalque l’univers du livre traditionnel pour le transposer dans le numérique

    on devrait vite passer à une 2ème phase : la numérisation des livres qui ne sont plus diffusés, ou sous droits mais épuisés, et dans ce cas on n’est plus en concurrence avec le libraire, au contraire, le libraire, via accès aux distributeurs numériques (”place des libraires” apparemment se positionne dès à présent ici) devient intermédiaire privilégié, mais rien n’empêche d’avoir un prix beaucoup plus accessible, genre les 9 euros des livrels Kindle

    ou bien les textes, et ce sera de plus en plus le cas aussi, qui n’auront aucune existence papier, et c’est par exemple déjà le cas massivement en Angleterre pour les thèses, dans ce cas la diffusion Internet se fait directement et on est encore sur un modèle où le prix artificiel basé sur “papier - 30%” sera volatilisé

    dans ces 2 cas de figure, il y a une place éventuelle pour l’impression à la demande, mais en ce moment j’ai l’impression qu’on glisse très vite vers une nouvelle configuration : l’habitude qu’on prend de lire confortablement sur écrans ou supports divers, et les apprentissages qu’on fait de produire des ergonomies adaptées, même avec le pdf

    dans ce cas, les modèles émergents peuvent être radicalement différents de celui évoqué plus haut, qui ne tient pas compte des niches de niches et du long trail : un catalogue beaucoup plus large qu’une maison traditionnelle, et un coût qui n’est pas le même, on ne prépare pas un inDesign de la même façon pour l’impression à 1200 exemplaires que pour la lecture écran (ne serait-ce que pour l’obligation d’avoir 3 ou 4 formats dispo, ou pouvoir privilégier les révisions auteurs, ou l’optimisation de taille) et peu importe dans ce cas que le texte ne trouve que quelques “happy few”, il sera toujours là pour les recevoir, alors que l’édition retire de la distrib un livre qui ne sort pas à 50 exemplaires/an

    en tout cas, de mon côté, pas prêt à renoncer à l’idée de la coopérative d’auteurs : modèle vigneron, et artisanat maison

  8. F Bon said:

    et oublié de remercier JM Salaün, riche dialogue

    là encore, les modèles achats à l’unité et accès global via IP reconnue (réseau CAREL de mutualisation des fonds numériques initié par la BPI, par exemple), peuvent très bien coexister

  9. hguillaud said:

    9 euros, François ! ;-). Juste une petite pointe : est-ce que la version numérique d’un livre vaut plus chère que sa version poche ?

    Si on l’imprime à la demande, les gens comprendront toujours que cette impression soit plus chère car unitaire. Mais dans le cas de l’achat d’un seul fichier numérique…

    Je repose la question : Peut-on imaginer qu’un livre au format électronique soit plus cher qu’un livre au format papier, même en poche ?

    Mais là où tu as raison c’est qu’il faut que le plus de modèles possibles coexistent pour répondre aux besoins de chacuns.

  10. Alain Pierrot said:

    La sensibilité du prix des livres au format électronique (le terme de ‘livrel’ mériterait d’exister, rien que pour ce sens-là, non ?) aux coûts d’acquisition/création sera fatalement plus grande, vu la quasi-absence de coûts proportionnels à leur diffusion. Le schéma comparatif est clair sur ce point.

    Il me paraît parfaitement imaginable que le prix d’un ‘livrel’ répercute les surcoûts liés à la complexité et la richesse de sa création (compléments iconographique, élaboration d’une structure fine pour la navigation interne/externe, intégration de modules logiciels le cas échéant pour simulations, … Pas de raison de faire porter ces coûts aux exemplaires imprimés, pas plus qu’il ne serait raisonnable de faire porter le risque de fabrication lié à l’imprimé aux versions numériques.

  11. F Bon said:

    en fait, je ne sais pas si la question c’est la somme en elle-même

    quelque part, on passe d’une logique de contenu à une logique de service - le service c’est la mise à disposition, c’est le travail de préparation en amont pour que le texte soit confortable sur le 20″ de l’ordi de table ou sur le prc du CyBook etc - et c’est aussi l’entourage : un texte ça ne se suffit pas à soi-même, même dans l’édition traditionnelle

    j’ai cité le prix de 9 dollars qui est, à vérifier, le tarif amazon pour Kindle, mais qu’importe, et même pas transposer le prix du poche : sur publie.net on propose des textes à 1,30 euros parce que c’est le prix du café comptoir, et c’est juste pour signifier symboliquement : il y a eu relecture, il y a eu corrections, il y a frais serveurs, il y a le remboursement Adobe - et pareil, côté auteur, ce n’est pas l’illusion qu’on va en télécharger 10 000 et que l’auteur va en vivre - c’est une manière de poignée de main, mais pour nous, auteurs, ça commencerait à ressembler à de la guerre de survie : là aussi, presque une notion de service, je montre mon boulot sur le web, on m’invitera peut-être mieux et plus pour une lecture ou un stage

    dans mon tout petit jardin, la question est tout autre : les textes que nous proposons ne peuvent pas avoir d’autre existence que numérique - en 2 ans, j’ai eu des tas de discussions avec mes ou des éditeurs sur projet qui associerait édition numérique dans le sein d’une maison d’édition - à un moment se dire : ils veulent pas, alors ok je le fais - mais ce n’est pas de l’auto-édition ni zapper le rôle de l’éditeur, c’est reconstituer la même chaîne professionnelle, sélection, travail avec l’auteur, préparation inDesign et formats, gestion ligne, plus la tva intra-communautaire etc alors oui, on est à tâtons : c’est Eric Chevillard qui m’avait dit que 5 euros ça lui semblait le bon tarif, je crois qu’à la limite peu importe - dans notre petit système, l’auteur touche la moitié, ça fait déjà le double en valeur absolue que les 11% dans édition traditionnelle

    mais ce n’est pas un travail “contre” : c’est prendre acte des nouveaux outils - à la limite aussi, je me dis que c’est plus insérer de la littérature dans ce qui se diffuse globalement d’information numérique, audio, vidéo, texte - c’est par rapport au prix de téléchargement des ressources genre articles du monde.fr que je me positionne - un nouveau métier, et pas un métier transposé

    ce qui explose, c’est les perspectives neuves : par exemple, contenu numérique en ligne, et quand on achète un livre chez un libraire, le code-barre active l’accès à ce contenu numérique - encore un gadget que lance Place des Libraires, là il me semble qu’on ouvre à de l’invention et c’est ça qui compte : on met quoi, dans le contenu numérique associé ? et si le prix du livre inclut le package numérique ou le livre seul, on quitte l’opposition binaire, livre à 22 euros, numérique à tant - le fichier numérique du livre devrait être systématiquement offert au lecteur, aujourd’hui : ce qu’on achète avec le livre papier, c’est l’ergonomie, ce qu’on paye à l’auteur c’est indépendant de la forme d’accès

  12. F Bon said:

    et pour compléter réponse (suis envahissant, mais c’est fin de journée), oui, Hubert il y a un certain nombre d’oeuvres protégées pour lesquelles je serais prêt à payer accès numérique plus cher que le papier : pouvoir faire recherches d’occurrences plein pot dans Henri Michaux par exemple

  13. Virginie Clayssen said:

    Sur Amazon, les livrels destinés à la lecture sur Kindle ne sont pas tous à 9,99$.
    Le plus cher que j’ai trouvé coûte 1080 $, c’est “Growth Strategies for Software Companies” by Aspatore Books Staff”, dont la version imprimée est à 1500 $.
    Ensuite, si l’on prend la liste des meilleurs ventes, le premier titre qui dépasse les 9,99$ est le 98 ème, et il est vendu 36 $. C’est “Notes to The Complete Poetical Works of Percy Bysshe Shelley by Mary W. Shelley”. Lequel vous fait le plus envie ?

  14. F Bon said:

    intéressant, et surprenant - ça confirme ce que dit Hubert, ouverture par le numérique à des contenus “surqualifiés” - et ça confirme aussi l’excellent billet de Xavier dans “l’immatériel” sur la coexistence des modèles - et ça n’invalide pas ma petite tentative de venins contemporains à 1,30 euros! idem pour la discussion sur laquelle j’aurais aimé prolonger, coexistence modèles licence dont parle JMS (ou équivalent presse abonnement Mediapart?) et les achats titre par titre ?

  15. Alain Pierrot said:

    À propos de la coexistence de modèles de rémunération, ne pas oublier, en France, le revenu engendré par le droit prélevé sur les photocopies et géré collectivement par le CFC, fondé sur des évaluations négociées entre le CFC et les établissements gérant les copieurs.
    http://www.cfcopies.com/

  16. Virginie Clayssen said:

    @F comment ça ta petite tentative ? Ce n’est pas une petite tentative, publie.net existe, c’est là, il y a des téléchargements, c’est une première, ce n’est pas petite-tentative.net, et on a en plus le privilège de suivre ça en direct.
    Connais-tu des initatives comparables à publie.net à l’étranger ? Je n’en ai pas vu trace… Ce serait intéressant de chercher.

  17. F Bon said:

    @ Alain : (et tant qu’Hubert ne nous met pas dehors pour intrusion abusive!), tu fais bien de poser cette liaison - il y a 2 ans, j’ai touché exactement 35 euros au titre de cette taxe sur les photocopies du CFC - dans un débat à la SGDL, j’avais joué la provoc en disant que pour cette somme je préférais franchement la mention sur mes bouquins “photocopiez tant que vous voulez” - je n’avais pas mesuré (le responsable du CFC était à côté) qu’un éditeur touchait la même somme mais multipliée par le nombre d’auteurs - plus l’ensemble de la structure chargée de la perception - il s’agissait en amont de 25 millions d’euros (voir site http://www.cfcopies.com/V2/cfc/home.php )

    j’ai l’impression qu’en France on est les spécialistes de ces usines à gaz qui parasitent tout (taxe sur les clés USB et autres supports, droit de prêt bibliothèques etc), qui sont à la fois des flux considérables en amont, et du pipi de chat une fois arrivé à leur destinataire

    reste que cette réflexion vaut, à l’inverse, pour publie.net : même une quantité minime de téléchargements, mais sur un ensemble large de textes, permet au gérant-fondateur de s’acheter ses logiciels Adobe - dans le cas de nos modèles de diffusion numérique (35 000 titres chez Numilog par exemple), le long trail nous oblige à penser selon des modèles économiques plus proches de l’exemple du CFC

    une dernière réflexion : suis désespéré de constater l’absence d’intérêt ou de mobilisation des auteurs sur ces questions, et de la sur-représentation ou de l’imbrication des grands “officiels” de la représentation (SGDL/Sofia, Scam) dans ces systèmes obscurs de “taxe-sur-tout”, et difficile de penser que ça n’interfère pas avec leurs positions défensives sur le droits d’auteur - aucune idée d’où vont les 25 millions d’euros du CFC, mais ça ne nous concerne pas beaucoup en bout de chaîne

  18. Alain Pierrot said:

    Il y a des détails sur les clés de répartition sur le site du CFC :
    http://www.cfcopies.com/V2/kio/pdf/notice_repartition_livre.pdf
    cf. p. 16 de la brochure — ils pourraient utiliser un programme de feuilletage ou mieux gérer le pdf qu’en double page…

    Cela dit, rapporté au chiffre d’affaire de l’édition, les sommes commencent à être significatives, et si l’on prend en compte uniquement le CA édition reversé aux auteurs (au grand maximum 10% du CA des éditeurs ?), sachant que la répartition des sommes reversées par le CFC au compte des auteurs va de 10% à 50% (100% si l’éditeur a totalement disparu…), le ratio revenu en gestion collective/revenu en gestion commerciale classique devient intéressant.

    Les sommes retenues par le CFC sont-elles raisonnables, à peu près 9%, vu le travail de négociation et collecte ? Je n’en sais rien, c’est à voir à l’aune d’un canal de distribution et back-office.

  19. JM Salaun said:

    Rebonjour,

    L’exemple du CFC est intéressant à plusieurs titres. C’est, sauf erreur, la première fois que en droit français on passe par dessus le droit moral puisque qu’un auteur ne peut s’opposer à cette diffusion et à cette récolte. De cette façon, on se rapproche du copyright américain.
    Nous avions montré cela avec A. Marter sur le BBF, il y a 10 ans :

    http://bbf.enssib.fr/sdx/BBF/frontoffice/1998/03/document.xsp?id=bbf-1998-03-0012-002/1998/03/fam-dossier/dossier&nDoc=1&statutMaitre=non&statutFils=non&tri=

    Tout comme la licence, il s’agit d’une gestion collective. Celle-ci pose en effet le redoutable problème de rémunération des auteurs et de la répartition des revenus. Mais si le paquet est plus gros au départ, les sommes distribuées devraient être plus satisfaisantes et équilibrées. Et peut-on prétendre que la situation classique est satisfaisante ?

    Concernant une vente à la pièce et des prix différenciés, tout en effet doit être expérimenté. De tous temps, certaines informations exclusives et porteuses d’une différentiation rentabilisable par son acquéreur ont été vendues très chères sur un marché de niche. Mais il s’agit de bien autre chose que ce qui est habituellement discuté ici.

  20. F Bon said:

    @ JMS - si je peux répondre en donnant l’exemple de l’expérience qu’on commence avec la BPI : la bibliothèque (ou le réseau de) paye abonnement global, et les consultations sont mesurables url par url aussi bien de leur côté que du nôtre - on n’a donc aucun problème, a priori, pour faire une péréquation selon les auteurs et les titres, et redistribuer l’abonnement perçu en fonction… on a aussi évoqué l’idée d’un prix d’abonnement annuellement révisable en fonction du nombre de consultations

    ce que je ne pourrais pas faire, à l’inverse, si nous proposions abonnement global au site (comme un genre de cabinet de lecture) à des particuliers (il s’en trouve qui me l’ont demandé!), d’où maintien de la formule “à la pièce” - j’adore cette expression charcutière lorsqu’il s’agit de littérature expérimentale !

  21. JM Salaun said:

    @FB. En réalité ici c’est la répartition du revenu qui est «à la pièce» ;-) et non la vente qui, elle, est globalisée auprès d’un intermédiaire (BPI) payant pour la collectivité qu’elle représente. La nuance est d’importance. Il s’agit d’une licence.
    On retrouve le mariage de la bibliothéconomie et du Web-média. Et dans ce cas, on peut combiner la logique numérique où la consommation est libre pour le lecteur final et une répartition proportionnelle en amont. Mais cela n’est pas envisageable sans un tiers représentant la collectivité. Me tromperais-je ?
    L’alternative est évidemment Kindle (ou pour la musique iPod) où le verrouillage se fait par l’appareil. Mais cette fois, cela n’est possible que parce qu’il existe un tiers puissant capable d’agréger les ressources, différencier les revenus et les répartir, Amazon (ou Apple). Sinon, il faudrait un tiers intermédiaire pour régler le marché, un peu comme France Télécom au moment du Minitel.
    Sans ce tiers, le côté anarchique (au sens premier, sans hiérarchie) du Web reprend le dessus et chacun étant capable de copier, coller, lire, écrire, aucun marché ne peut s’installer.

  22. F Bon said:

    @ JMS : discussion passionnante, avec le risque d’oublier son point de départ - le billet de Xavier Cuzin où justement la thèse était que dans notre situation de “niche” l’anarchie ou la sauvagerie apparente du web n’était pas forcément préjudiciable à la diffusion de livres numériques sans drm - et mes propres réflexions sur le fait que nous était rémunérée, sur une base très volontaire, une logique de service et d’accompagnement plus que de contenu

    pour le point 1, oui, interventions passionnantes de bibliothécaires lors de la récente journée “afforcance”, réseau CAREL de mutualisation des fonds numériques etc, et je perçois cela comme une immense chance pour nous, auteurs : les étudiants pourront être en contact direct avec notre travail, est-ce que ce n’est pas l’essentiel ? - et si chaque mois j’ai ici ou là une invitation à lire ou parler dans une bibliothèque, c’est une économie qui, à mon niveau, compense largement la diffusion en partie libre des contenus…

    je crois que c’est cette mutation qu’on appréhende en ce moment, avec effet paradoxal d’une génération d’écrivains qui n’ose pas et qui disparaît lentement dans le brouillard, alors que ceux qui arrivent à la littérature le font quasi “nativement” avec blogs, sites, réseau

  23. Alain Pierrot said:

    @JMS &FB (Vivent les acronymes ?)
    « un tiers puissant capable d’agréger les ressources, différencier les revenus et les répartir »
    On causait de choses apparentées récemment chez Christian Fauré
    http://www.christian-faure.net/2008/04/02/sueurs-froide-dans-la-distribution-de-produits-culturels/#comments

  24. wikimobile said:

    Bonjour,
    Je crois aussi qu’en matière de livre electronique, il ne faut pas forcément opposer le livre papier et sa version electronique: en fait, la version electronique pourrait compléter la version papier (voire gratuitement comme un service ajouté), par exemple pour emporter avec soi des livres que l’on a déjà lu, dont on a pas forcément un besoin de l’avoir physiquement avec soi mais que l’on aimerait pouvoir consulter si de besoin, et là l’intérêt d’une version electronique embarquée sur un ordinateur ou un téléphone mobile peut avoir un intérêt.
    Je propose (Cf mon site http://www.wikimobile.eu) de publier des documents sur téléphone mobile, avec les atouts d’un tel document par rapport au papier (multimédia, capacité de recherches, auto-documentation dans un style wiki).
    Qu’en pensez vous?

  25. GdeLacoste said:

    OK c’est intéressant. Tout le monde n’a pas les mêmes frais que O’Reilly, qui est une structure légère, mais soit. Disons que cela grignote 5%. De même, impossible de faire avaler aux auteurs qu’ils vont rester à 8% : ils pensent en général à 25, voire 50 ! Heureux si on peut les faire descendre à 15… Donc encore 5 en moins. Puis, le ebook se doit d’être moins cher que son copain papier… Au final, même marge unitaire !

  26. hguillaud said:

    Alain Pierrot m’indiquait un autre article sur le sujet sur les discussions qui ont court au Royaume-Uni autour des droits d’auteurs à l’heure de l’électronique.

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