Hypertextopia : l’écriture hypertextuelle accessible
mars 5, 2008
Faire de l’écriture hypertextuelle est désormais facile avec Hypertextopia.
Reste que, si la forme est assez finement amenée, l’intérêt et la limite de l’écriture hypertexte continue de poser problème comme le résume assez bien Ben Vershbow : “Le problème est que l’hypertexte est ennuyeux, tout comme les histoires dont vous êtes le héros. Plutôt que de nous sentir libéré par mon choix augmenté de lecteur, on se sent plutôt chargé. Le labyrinthe qui vous est proposé ressemble plutôt à une corvée. Cela ressemble à un gadget, un truc pas cher. Pas étonnant que l’hypertexte n’ait jamais vraiment trouvé un public.
Pensé de cette manière, l’écriture hypertexte devient plus une expérience sur la navigation dans un paysage narratif qu’une expérience de narration elle-même. L’histoire est une sorte d’alibi, un prétexte pour se livrer à un type particulier de forme, une forme qui porte beaucoup plus de ressemblance avec un jeu plutôt que de n’importe quel autre type de fiction.”

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mars 5th, 2008 at 2:31
important de maintenir ce débat ouvert - ai remarqué par exemple incroyable stabilité sur mon site, depuis des années (je dis ça parce que j’aimerais retours autres blogueurs ?) : jamais un lien hypertexte pour induire clic plus d’1/3 des visiteurs de la page
pourtant ça reste une révolution considérable - pas assez regardé non plus (mais tu as déjà fait des posts sur ces quesitons), la façon dont le lien brise la continuité visuelle de la lecture et déplace notre perception globale de la page ou de la phrase - ceci dit, écrire Internet ça veut dire anticiper et produire ces points d’accroche, en faire un élément sémantique parmi les autres
exemple : récemment idée de Julien Kirch, webmaster remue.net, qui mt juste un fond grisé sur l’endroit du lien, et inséré les notes dans la marge en vis à vis, donc avec possibilité de mettre aussi le lien concerné dans la marge, sans briser le texte principal
pour ma part, j’apprécie beaucoup dans spip que selon le texte chargé on puisse modifier les éléments contextuels (rubriques, boucles, sommaires) et que se déplacer dans le site modifie en retour les outils de navigation, alors que ces fichus blogs ne donnent toujours accès qu’aux derniers articles…
et reste le serpent de mer : hier soir j’ai envie de dire le bien que je pense du “Madman Bovary” de Claro, je repique ici un bout de vidéo sur Arte, lui il m’envoie un inédit, je reprends sa photo de face book, j’installe lien vers son éditeur, plus 2 blogs ayant déjà recensé - on en est encore beaucoup trop à l’âge préhistorique de ces tambouilles…
aux autres la balle…
PS : qui pratique l’ “Open ID” qui s’affiche maintenant en bas ici?
mars 5th, 2008 at 5:35
L’hypertexte a toujours existé - à commencer par la Bible ou autre texte des Livres. Ce qui diffère, c’est qu’avant, on avait la flegme de tourner les pages. Maintenant on peut cliquer (mais on n’est pas obligés).
Le lien brise la continuité de la lecture, c’est vrai. Mais c’est l’auteur qui indique le lien au lecteur. Comme il indique ailleurs une fin de paragraphe, de chapitre, de scène… C’est lui qui suggère une parenthèse possible, un décalage envisageable afin de revenir ensuite sur le texte pour mieux le comprendre, peut-être (ou peut-être pas). Mais une fin de chapitre, encore une fois, un appel de note, une réf à une autre partie du texte entre parenthèses - une incise - c’est la même chose.
On pourrait aussi disserter sur la ponctuation et le rythme, nécessaire à la lecture.
Julien Kirch a suggéré que la continuité valait mieux (obnubilé par l’inconfort des notes de bas de page). Il donne ainsi la possibilité de revenir sur les liens après lecture en continu. Beau travail d’édition.
Lire un texte “à plat” ou en trois dimensions, et donner la possibilité de faire les deux par le biais des outils numériques, ce n’est pas mal. Je verrai plutôt les contraintes des logiciels (Spip ou les blogs, mais c’est toujours le dernier post qui s’affiche - sinon quel intérêt de Netvibes? -) comme des contraintes presque classiques de rythme.
J’ai l’impression qu’on fait la même chose depuis toujours, avec des outils différents. Mais que c’est le bonhomme (ou la bonne femme) qui les manie qui les rend ad hoc. Du stylo au pinceau, du traitement de texte au Net.
Etonnement aussi: on est tous là à bavarder et discuter comme dans un café, comme des connaissances, alors qu’on ne s’est pas forcément déjà vus, qu’on ne connaît pas forcément le travail des uns et des autres - et qu’on n’entend pas le son de nos voix. Pourtant, j’ai davantage l’imppression, la sensation, de parler que d’écrire.
Constance Krebs
mars 5th, 2008 at 6:31
non non, ck, je ne t’ai jamais vue ni entendue ! mais complètement d’accord avec toi, étonnante socialité pour des échanges parfaitement oralisés (voir discussion en ce moment sur teXtes), même dé-géolocalisée… sinon, en accord avec tes remarques, sauf que l’ergonomie du livre a pas mal d’années d’avance et qu’on a beaucoup à apprendre pour notre usage tous les jours du nouvel outil
mars 5th, 2008 at 1:00
“Cela invite à se demander si l’ordinateur est appelé simplement à perfectionner l’instrumentation et l’outillage en vue d’applications - auquel cas en tant que tel il ne saurait produire qu’un art de surface : miroirs industrialisés pour des Narcisse de série - ou s’il ira au-delà, devenant espace ouvert ; entendons : ouvert à l’espace intérieur.” (Pierre Legendre)
D.Tomes
mars 5th, 2008 at 3:45
Il y a une grande différence entre le fait de poser des liens d’un texte à l’autre, comme nous le faisons dans nos blogs tout le temps, et concevoir un hypertexte, c’est à dire un objet littéraire pensé d’emblée comme série de fragments reliés les uns aux autres, et dont les liens constituent des vecteurs de sens autant que chacun des fragments de texte.
Je n’ai jamais croisé d’objet de ce type qui me procure un autre plaisir que celui de la curiosité, à part peut-être l’histoire des trois petits pois de Raymond Queuneau (dont je me souviens avoir apprécié la version sur cédérom produite chez Gallimard il y a quelques années, qui comportait de jolies idées d’interactivité). Demander au lecteur de “prendre la main”, c’est rompre en quelque sorte ce contrat qu’on a conclu avec lui : il accepte de se laisser emporter dans un univers, de laisser son imagination se mettre au service des intentions sorties de l’imagination d’un autre. Et le fait de passer de ce renoncement consenti à une posture de quête, de choix volontaire m’a toujours semblé pour l’instant antinomique avec le plaisir de la lecture. Ou bien alors, on entre dans le jeu, et là, la posture est bien différente…
mars 5th, 2008 at 6:53
Ce qui m’étonne le plus, c’est que Vershbow reconduise les bons vieux présupposés de l’hyperfiction fondés sur le hype post-structuraliste (l’hyperfiction, c’est le lecteur devenu auteur, maître de son œuvre).
« Demander au lecteur de “prendre la main”, c’est rompre en quelque sorte ce contrat qu’on a conclu avec lui » (v clayssen) : c’est à mon sens concevoir le littéraire comme immuablement lié à la continuité du texte sur le papier (ou concevoir le lecteur comme un acteur bien passif devant l’objet texte/littérature!). Ou encore, c’est ne concevoir le littéraire que dans le paradigme du narratif (ah cette convention du Livre, nous rappelait le Barthes pré-Texte, dans « Littérature et discontinu » : le filé du discours, le récit comme garant du Beau construit à la façon du vivant, le respect des normes typographiques…). Dans son Mobile, Butor nous a bien secoué les puces!
mars 6th, 2008 at 12:48
merci, René Audet, je ne connaissais pas votre blog - les passerelles transatlantiques nous sont précieuses, donc un lien de plus dans le netvibes
mars 6th, 2008 at 2:33
@ Virginie,
C’est vrai que la posture entre poser des liens et concevoir un hypertexte est très différente. Mais les 100 000 000 000 de poèmes sont aussi très différents d’Un balcon en forêt, dans la structure. La Vie mode d’emploi, très différent de Zazie dans le métro, etc.
C’est, à chaque fois, l’auteur qui balade le lecteur. Le lecteur a l’illusion de prendre la main, mais les chemins, du moins les directions, lui sont indiqués par l’auteur. Il y a cependant une théorie du ‘lectacteur’ du côté de Philippe Bootz, relayée par Jean Clément et Evelyne Broudoux dans le groupe Cytexte. Mais les auteurs de romans dits hypertextes ne sont pas forcément tous OK avec cette idée…
Pour rejoindre la discussion qui se déroule sur ton blog, il est très difficile de concevoir une édition XML de romans hypertextes en dévoilant toute leur richesse. L’arborescence, logique (un tronc, qui mène à une branche, qui elle-même mène à plusieurs branchettes, brindilles, feuilles), d’XML contraint à des bidouillages pas toujours très élégants du point de vue de la structure formelle…
@François,
A quand une édition de Tumulte digne de ce nom? Derrière cette boutade, je veux dire que les éditeurs trad ne voient que le PDF quand on parle d’édition en ligne. PDF (d’Adobîîî, qui va faire raquer tout le monde le moment venu) qu’on utilise à 90% pour la fabrication du livre. Et que le PDF (conçu pour le papier et pour la toile) est une publication à plat d’un roman en trois dimensions. Hier encore, après deux RV pour expliquer comment on allait faire un site à partir d’un bouquin qui était conçu pour cela, après des dessins, des exemples, un topo sur la structure, etc., j’ai entendu : “Ah, bon, tu ne vas pas faire un PDF? Mais comment on va lire le texte alors?”
Peut-être que j’aurais dû appeler mon blog Alors.
ck
mars 6th, 2008 at 2:35
et Open ID fonctionne très bien.
mars 7th, 2008 at 12:10
Cette histoire d’hypertexte me fait penser à cette devinette
“Sur un chêne, il y a 3 branches.
Sur chaque branche, il ya 3 petites branches.
Sur chaque petite branche il y a 3 branchettes.
Sur chaque branchette, il y a 3 cerises.
Combien y a-y-il de cerises en tout?
Réponse : il n’y a pas de cerises sur un chêne !”
D. Tomes
mars 10th, 2008 at 7:44
Comme l’a souligné Constance Krebs, vous trouverez ci-dessous un petit éclairage sur l’usage ancien de l’hypertexte mis en évidence dans les mises en page, notamment dans les livres d’étude juives.
Pour celles et ceux qui voudraient mieux comprendre ce qui suit, je conseille d’imprimer mes explications pour éviter un jonglage entre les deux fenêtres. Il n’est pas besoin de connaître l’alphabet hébraique pour percevoir l’usage hypertextuel du fac-simile se trouvant au bas de la page-écran que je vous propose.
Le fac-similé est une page extraite d’une édition de la Torah (c’est à dire des 5 premiers livres de la Bible : genése, exode, nombres, lévitique, deutéronome) datant du XIXème siècle. Cette édition comprend plusieurs textes de traductions et commentaires .
Chacun des textes est écrit soit en hébreu soit en yiddish (les caractères hébraiques sont utilisés pour les deux langues). Le yiddish était une langue plus accessible que l’hébreu puisqu’il s’agissait de la langue commune parlée par la population juive d’Europe de l’est. Je rappelle que les langues en caractères hébraiques se lisent de droite à gauche.
Cette édition permet une lecture-étude horizontale et verticale.
Chaque bloc de texte dont le titre est surligné en violet est un texte autonome qui peut se lire linéairement de page en page. Voilà pour la lecture horizontale
En même temps chaque bloc de texte surligné en vert commente et-ou traduit le même verset original de la Torah que l’on trouve en haut à droite de la page et surligné en bleu. Ce qui offre sur la page une lecture-étude verticale du verset original en donnant des commentaires et ou traductions différents.
Le lien hypertextuel est assuré par le numéro du verset. On voit deux lettres surlignées en vert (l’hébreu utilise la valeur numérique des lettres pour le comptage) à droite du verset original en bleu. On retrouve ces deux mêmes lettres à la droite du début de chaque passage surligné en vert.
Les mots surlignés en violet correspondent au titre courant du texte qui va se poursuivre de page en page. On remarquera la typographie différente de chaque texte se trouvant dessous pour faciliter la lecture.
On relèvera pour cette page que le verset original est commenté 7 fois de façon différente. Selon les pages le nombre de commentaires peut varier. La mise en page est à chaque fois conçue pour offrir les commentaires du verset original.
Je n’ai pas encore trouvé comment nous pourrions créer les liens ad hoc et organiser ergonomiquement un écran qui nous offrirait ces facilités de lecture.
A suivre…
Patrick Altman
avril 2nd, 2008 at 11:53
René Audet se moque de notre méconnaissance de l’hyperfiction (c’est ça René ?) ;-).