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    2008

    Que veut dire lire au XXIe siècle ?

    Suite à la publication du rapport “Lire ou ne pas lire” du National Endowment for the Arts (NEA), le professeur Matthew Kirschenbaum a publié un intéressant point de vue dans The chronicle of higher education sur “comment la lecture est en train d’être réimaginée”. Le rapport du NEA s’alarme du déclin de la lecture, et il doit être pris au sérieux, souligne Matthew Kirkschenbaum. Mais il n’est pas sans critique, notamment parce qu’il insiste sur la chute de la lecture “volontaire”.

    “Lire pour le travail ou l’école ne compte pas dans ce cas. Chacun appréciera les motivations ici - le NEA s’intéresse aux gens qui lisent parce qu’ils l’ont choisit et pas parce qu’ils doivent le faire - ce qui semble rétrograde. Combien d’entre nous, qui se considèrent comme d’avides lecteurs, sont capables de définir des frontières claires entre le travail et le loisir de nos jours ?”

    “Dans le même ordre d’idée, alors que les auteurs du rapport répètent avec emphase qu’ils ont inclus la lecture en ligne dans leurs données, le rapport semble plutôt maladroit et décalé dès qu’il s’agit de nouveaux médias. Les auteurs semblent homogénéiser les pratiques informatiques, sans connaître la diversité des activité - et la diversité des formes de lectures - qui ont cours sur les écrans. Nos écrans sont des endroits où de nouvelles formes, comme les blogs, les mails, les tchats, se mêlent avec des remédiations de vieilles formes - comme les journaux, les magazines ou même les poèmes, les histoires, les romans. Lire les blogs de nos amis n’est pas exactement une façon de remplacer la lecture de Proust, mais certains blogs sont l’occasion de découvrir d’extraordinaires écritures (…)”. Arrêterons-nous un jour de confondre le genre et la valeur ?
    “Le rapport oublie également de regarder comment la lecture et l’écriture sont devenues imbriquées dans les supports électroniques. Le staccato du tchat est emblématique à cet égard : lire et écrire s’effondre en une seule et même activité. Mais il y a un spectre d’écriture en ligne, comme il y a un spectre de lecture, et de plus en plus d’applications floutent la ligne de démarcation entre les deux.” Et d’évoquer les interfaces qui permettent d’annoter des textes comme CommentPress ou Book Glutton, ou Alph, un projet de nouvelles interfaces de lectures pour les enfants dirigé par Nancy Kaplan.

    “Quel type d’activité à lieu ici ? Quels sont les nouveaux paramètres de l’alphabétisation à l’écran ? Mon instinct me dit que les internautes sont capables de s’immerger et de se concentrer aussi bien que le stéréotype du rat de bibliothèque. Allez dans votre café préféré et regarder les gens assis face à leur écrans. Plutôt que des mouvements frénétiques, vous allez voir du calme, une concentration méditative - et écouter quelques rares clics de doigts sur des claviers comme un lecteur écrirait dans un livre.”

    Via If:Books (ici aussi) et pour faire suite aux propos de Jean-Michel ou de Virginie.

    6 commentaires pour “Que veut dire lire au XXIe siècle ?”

    1. Patrick Altman dit :

      Matthew Kirschenbaum travaille depuis longtemps sur la question de la représentation électronique du texte.
      Il avait réalisé il y a 10 ans un environnement textuel en 3 dimensions qui me semble toujours une piste intéressante pour naviguer dans un ensemble textuel ou informationnel.
      Voir le projet Lucid : http://www.iath.virginia.edu/~mgk3k/lucid/
      Il me semble aussi intéressant de regarder le livre de Pierre Bayard dont il parle dans son article :
      “Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ?” voir : http://www.leseditionsdeminuit.eu/f/index.php?sp=liv&livre_id=2514

      Patrick Altman

    2. Patrick Altman dit :

      Pardon pour la mauvaise écriture du lien sur le livre de Pierre Bayard.
      voir le lien ci dessous
      Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ?

    3. JM Salaun dit :

      Hubert,
      Bien d’accord avec cela. Mon propos dans le billet cité visait l’économie de l’attention, ce qui est sensiblement différent.

      L’évolution de la lecture doit aussi interroger les bibliothèques et la place qu’elles accordent aux terminaux connectés. Voir cet autre billet (cliquer sur mon nom).

    4. Vincenz dit :

      Je voulais juste revenir sur :
      “lire et écrire s’effondre en une seule et même activité.” et la mettre en écho avec cette phrase de Levinas dans Difficile Liberté :”Parler et écouter ne font qu’un, ils ne se succèdent pas”.

    5. Pierre S. dit :

      Nos grilles d’analyse sur la lecture sont largement périmées. Il me semblait que ce constat était de notoriété publique depuis de nombreuses années déjà. Je me souviens avoir lu, il y a peu, un livre du CNDP concernant les jeunes et la lecture (2005 ou 2006), où la lecture sur écran était à peine abordée. Consternant.

      La question de la lecture dépasse aujourd’hui, très largement, la seule question du livre.

      D’ailleurs, il n’y a qu’à voir ce que l’on appelle, aujourd’hui encore, un « gros (ou fort) lecteur »… C’est un MARTIEN qui ne lirait QUE des livres !

      Pierre Schweitzer

    6. hubert guillaud dit :

      Les neurones de la lecture.

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