Pour résumer
Ce qui change :
1. Amazon casse le prix du marché : 9,99 dollars prix maximum pour un livre électronique.
2. Amazon délaisse l’USB, le Wi-Fi pour les réseaux mobiles. But : fluidifier la mise à jour du lecteur.
3. Amazon joue la carte de la communauté avec l’ouverture d’une place de marché dédiée au livre numérique et ouverte à tous : http://dtp.amazon.com
Ce qui ne change pas :
1. Pas plus que ces concurrents, l’appareil ne propose de formats ouverts ou de solutions d’interopérabilité : le Kindle est un produit full DRM qui ne permet d’accéder à sa boutique que par l’appareil.
2. Comme beaucoup de ses concurrents (ebook connect de Sony), Amazon essaye de créer un marché captif et fermé (aux formats concurrents, aux autres lecteurs, aux autres librairies…) : la seule ouverture concédée va vers les clients (avec la DTP) ? Est-ce que ce sera suffisant ?
3. L’appareil reste mal conçu et ne révolutionne pas l’offre, ni dans le catalogue, ni dans la formule d’abonnement, ni dans le lecteur : le catalogue n’est pas révolutionnaire, la logique de l’abonnement couplé au lecteur ne va pas jusqu’au bout et le lecteur, s’il offre de l’autonomie et de l’ouverture, grâce à son clavier, reste cher et laid pour un appareil de cette gamme.
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Le Kindle d’Amazon ne fait pas que la Une de Business Week…
Ce qui est intéressant dans l’offre ne repose pas sur l’appareil lui-même comme le rappelle Lorenzo. C’est là assurément sa plus grande faiblesse : reposer sur un lecteur unique, très laid, encore cher, et qui n’a quasiment aucun avantage par rapport à ses concurrents. Mais cela s’améliore facilement… Beaucoup critiquent son clavier, mais j’y vois pour ma part un avantage (grâce à son clavier, il offre du pouvoir et de l’autonomie).
Est-elle dans l’offre d’accès à 88 000 titres au format numérique disponibles pour 10 (9,99) à 2 dollars ? Non, pas dans la taille de l’offre. La plupart des bestsellers aux Etats-Unis sont disponibles au format numérique, comme le montre le catalogue d’eBooks.com. La force d’Amazon n’est pas tant de proposer 102 des 112 livres de la sélection des Best Sellers du New York Times. Quand au chiffre de 88 000 titres, il faudrait le regarder plus précisément, mais il n’est pas a priori dans une révolution de l’offre : on est sur des tailles de catalogues assez classiques et on se doute que la majeure partie de celle-ci est composée de livres tombés dans le domaine public. Une vraie offensive sur une part de catalogue (essais récents par exemple, serait certainement différenciante) : ça n’a pas l’air d’être le cas (mais il faut approfondir). La vraie force d’Amazon est bien de redéfinir le prix du livre numérique et de proposer plus de 50 % d’économie sur le prix de chacun de ces livres. Amazon casse le prix du livre numérique et c’est assurément là le point le plus important de l’offre (voir : quel prix pour le livre électronique). Désormais, le prix du livre numérique, ce sera 9,99 dollars maxi (et cela paraît encore cher quand une chanson se vend 99 cents, quand un film en VOD périssable se vend 5 dollars).
L’autre innovation n’est pas tant dans l’offre d’abonnement (la plupart en proposent une) journaux et blogs (oui oui, c’est amusant, pour s’abonner à une short liste de blogs, il faut payer, une somme certes modique, mais payer tout de même : ce qui offre des perspectives de monétisation intéressante) : mais dans la technologie d’accès. Kindle n’utilise pas l’internet, mais les réseaux mobiles pour se connecter à Amazon (et donc certainement pour facturer ?). Cet accès, que TechCrunch annonce gratuit, (alors que comme tout abonnement mobile, il devrait couter à hauteur de votre téléchargement) est assurément l’autre innovation intéressante du lecteur. Attention, ce programme de souscription est visiblement gratuit si vous vous engagez à acheter une quantité définie de livre). Il signifie que le lecteur se met à jour de n’importe où. Que vous avez toujours la dernière version de votre quotidien sous la main. Que vous pouvez à tout moment télécharger un livre, que vous soyez dans un train ou en vacances. Pas besoin de connexion internet, qui est la vraie faiblesse des offres existantes. Comparé au prix des autres lecteurs, avec cet avantage, le Kindle devient d’un coup beaucoup moins cher que les 399 dollars auquel il est annoncé. Pour beaucoup de commentateurs cependant, si les livres sont payants et sous DRM, alors le lecteur devrait être quasi gratuit.
Mise à jour du 20/11 : Comme me le signale Clément Laberge en commentaire (j’avais pas vu), il y a une troisième innovation majeure liée au Kindle. C’est la Digital Text Plateform, un outil d’autopublication qui permet de transformer son document Word en livre électronique et surtout de le vendre dans le magasin Kindle. Ce n’est pas une innovation de bas étage, c’est ce qui rend le Kindle en phase avec sa communauté. Tout utilisateur peut donc intégrer des documents dans son Kindle et mieux, les vendre, ou avoir une place de marché pour les échanger. Amazon connaît la valeur des places de marché pour en être une. Il ouvre (d’une certaine manière) sa boutique (non pas sur les formats, mais dans sa force commerciale) en espérant que cet attrait sera un puissant vecteur d’échange. Voilà qui change des librairies fermées sur leurs contenus : c’est le moyen qu’a trouvé Amazon pour être ouvert sur ses utilisateurs. Intéressant. Sans compter que votre compte se souvient de ce que vous avez acheté et vous pouvez à tout moment retélécharger les livres numériques que vous aviez déjà.
Abaisser le tarif, fluidifier la mise à jour, créer une place de marché : voilà qui me semble vraiment deux trois perspectives intéressantes dans la voix que trace Amazon. On peut compter que bientôt, d’autres lecteurs se mettent à ce double triple standard et que beaucoup d’offreurs de lecteurs essayeront de proposer un accès à la boutique d’Amazon.
Reste à en savoir plus sur la relative ouverture/fermeture du magasin Kindle. Visiblement, un Kindle est fait pour télécharger des livres chez Amazon et pas ailleurs (tout est fait pour ça). Quid de l’intéropérabilité des formats ? Puis-je lire dessus ou y transférer d’autres formats d’ebooks que ceux proposés par Amazon ? L’iPod permet d’ajouter à son appareil des titres qui n’ont pas été acheté sur iTunes : le Kindle permet-il d’ajouter des livres qui ne sont pas dans le KindleStore (ou des blogs qui ne sont pas proposés par le kindle store ?) ? Si vous trouvez la réponse avant moi, je suis preneur
. Complément : à priori, pas de .pdf sur les Kindle (pas un mot non plus des formats Mobipocket ou Microsoft !), ce qui coupe le pied à la plupart des formats ebooks existants. Amazon essaye-t-il de construire son propre format propriétaire ? Voila assurément une fragilité supplémentaire. C’est en tout cas celle que dénonce de nombreux commentateurs comme le note if:books : des DRM, le format Mobi comme unique alternative.
PS : Le Kindle en fait, c’est un téléphone mobile conçu pour la lecture.
PS : voir cette liste de réponses pratiques fournies par un utilisateur du Kindle.