09
2007
Google Books : Demain, l’iTunes du livre ?
Alors qu’Amazon annonce la commercialisation prochaine de Kindle, un lecteur d’eBook, Google annonce lui l’intégration prochaine dans Google Books d’exemplaires numériques sous copyright en partenariat avec des éditeurs dont l’accès sera payant (via le New York Times). Google va-t-il vendre de l’accès en ligne à des livres électroniques qui s’agrègeront dans MyLibrary (voir ici).
Ben Vershbow imagine ce que pourrait être l’avenir : un accès payant, pas seulement sous forme d’accès titre à titre, mais sur le principe d’un abonnement permettant d’accéder au catalogue d’un éditeur ou à tous les titres référencés. Des revenus pour les éditeurs et les auteurs reversés en proportion aux accès réalisés : “chaque fois qu’un livre est consulté, un centime tombe dans l’escarcelle de l’éditeur ou de l’auteur”.
Autant dire, c’est un peu l’outil que tout le monde attend depuis longtemps. Permettre d’accéder à la forme électronique d’un livre récent (pour pouvoir y faire ses requêtes, ses recherches, le lire, l’imprimer, etc.) et que cela impacte le compte de l’éditeur/auteur via un moyen de reversement et des statistiques d’utilisations claires et précises.
Tout le bouleversement que va introduire MyLybrary, quand il sera ouvert à des titres récents, est de savoir à combien et comment les titres seront vendus. Apple avec iTunes a bouleversé le marché et fixé le prix du téléchargement de musique (et est en train de fixer celui du téléchargement de films et de séries). Combien Google va-t-il vendre l’accès à un livre électronique, selon quelles modalités ? Sur les modalités, MyLybrary, commence à soulever certains pans. Reste le prix.
Les Etats-Unis ne connaissent pas le prix unique du livre et on sait qu’il est, sur le numérique, intenable à long terme : on ne peut pas payer le même prix pour un objet et une version numérique d’un objet (et le plus important, n’est certainement pas d’essayer de tenir coute que coute ce principe, mais de réfléchir dès à présent aux formes de compensations possibles).
Tous les yeux sont dès à présent rivés sur les modalités que va proposer Google. Abonnement ? Accès à l’unité ? A quel prix ? Le 99 cents d’Apple est dans tous les esprits. On voit bien là qu’il y a un levier non seulement pour bouleverser l’accès à la société de l’information, mais aussi pour bouleverser le monde de l’édition.
Alors quel va être le prix d’un livre au format électronique ?

10 septembre 2007 à 1:49
Je me lance…
Le livre broché moyen doit tourner autour d’une douzaine ou d’une quinzaine d’euros. Le prix du poche à environ 6-8 euros. Je crois que le livre électronique s’échangera autour d’1-2 euros (avec peut-être un supplément pour l’imprimer ou pour la portabilité sur une machine dédiée : 5 euros ; comme on paye aujourd’hui pour faire une impression à la demande et comme aujourd’hui la musique cherche à établir un supplément pour la portabilité). A un euro, c’est le seul moyen pour donner accès aux titres que l’on a déjà et que l’on veut sous forme électronique - qui devraient constituer une forte part des achats. Quelle musique achetez-vous sous forme électronique ? Celle que vous connaissez déjà ou celle que vous ne connaissez pas ? Dans quelle proportion ?
Par contre, ce qu’on pensait comme primordial, c’est-à-dire le fait de pouvoir prêter son exemplaire électronique, va être impossible. L’échange de livre, qui va avoir lieu au coeur de MyLibrary, va par contre inciter vos amis à acheter un exemplaire électronique, grâce à des conseils et des comparaisons de bibliothèque (sur le modèle LibraryThing). On aura des accès gratuits aux premiers chapites, aux sommaires, etc. Et notre réseau va nous faire ses recommandations. En fait, le vrai marché du livre électronique n’est pas dans l’acquisition d’un objet - il n’y en a pas -, mais bien dans la commercialisation d’un nouveau format dont les modalités d’usages (fouille, accès rapide mais épisodique, citabilité, monitoring de l’accès…,) sont plus proches du prêt que de l’achat. Le but n’est pas d’offrir une interface de lecture - même si elle est possible -, mais bien d’offrir une interface d’accès, sur le modèle iTunes.
10 septembre 2007 à 3:54
iTunes a réussi en fractionnant : on ne télécharge plus un album, mais un titre - sans doute même que les grands disques de quand j’avais 17 ans, Beggars Banquet, Uma Gumma, Physical Graffiti et autres n’auraient jamais existé - mais comment fractionner un livre ? à nous d’intégrer dans notre écriture la consultation et la vente “par appartements” ? étrangement, ça marcherait formidablement avec Borges, Poe, Carver - mais comment ça marcherait avec Céline ou Proust ? encore plus au fond : on se bagarre pour que Baudelaire ce ne soit pas “l’albatros” ou “la chevelure”, mais qu’on le lise depuis les “tableaux parisiens” ou ses “spleens” - Baudelaire vendu à la découpe, personne n’achèterait plus “Pascal avait son gouffre…”, il n’y aurait plus que “l’albatros”… mais de toute façon on ne nous demande pas notre avis : comme d’hab dans le bouleversement actuel, à nous de réagir en fonction de l’inéluctable - par exemple : la possibilité de proposer nous, auteurs, directement, des pdf pour eReader indépendamment de notre travail édité - et comment imaginer qu’on vivrait des quelques broquignoles reversées par Google sur telle ou telle requête qui nous concernerait, prise au milieu d’un de nos bouquins? ce sera parfait pour les recettes de cuisine ou les guides de jardinage, voilà…
11 septembre 2007 à 2:47
Je voulais revenir sur le prix du livre électronique. Si l’on observe la chaine de valeur du livre, on se rend compte que certes les budgets fabrication, distribution et remise aux libraires sont amenés à disparaître avec cette forme de mise à disposition. Mais ceci est compensé par une augmentation des coûts de préparation éditoriale (l’adéquate mise en forme d’un substrat vers des terminaux différents) et de prépresse (balisage, formats multisupports). Si l’on estime que les économies sont de l’ordre de 50% du prix de l’ouvrage mais que les surcoûts représentent environ 20%, on peut estimer qu’un livre électronique coûtera à peu près les 2/3 d’un ouvrage papier. Bien sûr, ces contraintes seront peut être balayé par d’autres modèles.
11 septembre 2007 à 10:45
ma question rebondit sur la remarque concernant le prêt. Qu’un modèle alternatif de diffusion numérique apparaissent, ça me paraît inéluctable. D’aucuns disent que leur goût pour l’objet fera que le livre imprimé ne disparaîtra pas. Les éditeurs de livres de poche feront-ils le même calcul ? L’effet de masse qui permet que des livres entre 2 et 8 euros soient mis en vente peut-il se perpétuer ? Ou sommes-nous condamnés à acheter tous les livres que nous lirons ?
12 septembre 2007 à 8:51
Je pense que le prix doit garantir, au minimum, ce que toucherait un écrivain comme droit d’auteur en édition classique. Mais je dirai pour ma part qu’un euro pour 100.000 signes (soit au minimum une heure de lecture) ne serait pas une mauvaise idée.
Est-ce cher ? 0,99 € pour 3 minutes de musique, c’est pas donné. Et ne parlons pas des sonneries de téléphone que tout le monde trouve normal d’acheter dans les 1,50 €. Je crois que c’est là la vraie arnaque, et c’est pourtant la chose la mieux acceptée.
Je pense que lorsque les e-books readers seront meilleur marché (l’Ilyad de Philips est une merveille, mais à 650 €, c’est un luxe comme les mobiles Prada), télécharger dessus un bon roman vaudra le plaisir du livre. Et les auteurs doivent vivre, non ?
Et peut-être, pour le visionnage, oui, offrir 1 c à l’auteur et à l’éditeur (ou 2 c à l’auteur-éditeur, tant mieux pour lui). C’est effectivement une bonne idée. Et le feuilleton aussi. 1 ou 2 cents pour suivre un feuilleton quotidien, c’est en effet une excellente idée. Il en est de même pour un poème.
En cas de téléchargement, il faudra voir. Probablement un système global. Nous n’en sommes de toute façon qu’au début et le business model est encore à trouver.
21 septembre 2007 à 1:45
« Apple avec iTunes a bouleversé le marché et fixé le prix du téléchargement de musique (et est en train de fixer celui du téléchargement de films et de séries). Combien Google va-t-il vendre l’accès à un livre électronique, selon quelles modalités ? »
Amha, Apple a réussi son coup avec le succès de iPod avant tout. Le CA de iTunes ne représente pas grand chose là dedans (et ne parlons pas des bénéfices… Apple avait fait savoir au début, qu’il ne gagnait ‘rien’ à 99 centimes le morceau, sauf un joli cache sexe pour iPod
21 septembre 2007 à 11:04
Tu veux dire que Google a un projet de Reader très avancé Pierre ;-).
22 septembre 2007 à 12:39
Pas encore, à ma connaissance… Je doute un peu que les fondateurs de Google s’éloignent autant de leur coeur de métier, sur un domaine aussi particulier (comme Microsoft avec Zune).
Mon pronostic, c’est que le premier vrai bouquineur (’reader’) sera porté par un pur fabricant de matériel (ordi, périph) indépendamment de toute logique de contenus.
Wait & see !
