La librairie de François Bon (fin)

Date mars 7, 2007

Après avoir fait coulé beaucoup d’encre - électronique -, François Bon vient de ré-ouvrir sa librairie en ligne… Mais ce n’est plus une boutique Amazon, ni - pour l’instant - un véritable espace dédié aux livres. Elle consiste en une succession de billets - le premier est ici -, avec des listes de livres conseillés, faisant des liens vers la possibilité de les acheter en ligne… sur le site de la librairie Ombres Blanche à Toulouse.

Cette mise à jour montre en tout cas ce qui a provoqué l’ire et la vindicte : qu’un homme de gauche, qu’un défenseur acharné du livre puisse soutenir et utiliser Amazon plutôt que le site d’un libraire indépendant (et le choix d’Ombres Blanches ne provoquera aucun remous ce coup-ci, même pas parmi ses concurrents indépendants directs comme Sauramps Decitre, Mollat ou le réseau des libraires de la Générale du livre). A croire que cette chasse aux sorcières était finalement politique…

Mais je reste surpris qu’on ne fasse pas le même procès d’intention à Télérama par exemple (dit de gauche, soit disant souhaitant la défense de la petite édition et des auteurs également et dont le trafic et les revenus générés par cette forme de vente doivent être autrement importants). François Bon avance qu’il en serait de même sur Radio France, mais je n’ai pas trouvé de lien direct vers un cyberlibraire depuis les livres de la Radio du Livre, ni depuis deux sites d’émissions de France Inter…

Si il me semble que ce choix correspond mieux à François Bon, je reste tout à fait sceptique sur la méthode employé par les libraires. L’expérience des maisons de disques et des majors du film auraient du leur apprendre qu’on ne poursuit pas les gens parce qu’ils utilisent un autre service que celui qu’on n’apporte pas soit-même.

On peut continuer à faire la chasse aux sorcières, ce n’est pas cela qui éloignera les internautes d’Amazon, ni les libraires de MarketPlace. Les utilisateurs attendent des libraires, comme des éditeurs, qu’ils innovent, qu’ils se rendent indispensables, que leur service leur apporte un plus, qu’ils s’interfacent avec d’autres (comme Booksprice, le moteur de comparaison de prix que j’évoquais il y a quelques jours, ou la possibilité de s’interfacer avec LibrayThing par exemple…). Ce n’est qu’en apportant un service meilleur que celui d’Amazon qu’ils trouveront les faveurs du public - et ils le peuvent, car Amazon a des lacunes (dispersion du catalogue, innovations récentes mal intégrées, moteur de recommandation bridé, absence d’intégration d’un réseau social au site lui-même…) et eux des forces (possibilité de créer un réseau social territorialisé par exemple, développer des catalogues spécialisés…).

Sincèrement, le réseau La Librairie.com par exemple, que je ne connaissais pas, me semble très intéressant. Reste qu’il est inutilisable en l’état : comment faire un lien vers un livre ? Puis-je ouvrir une boutique ? Où sont les critiques des lecteurs ? Quelle relation puis-je avoir avec mon libraire ? Avec les autres clients de mon libraire et du réseau ? Un moteur de recommandation peut-être, non pas fondé sur les achats des clients mais sur les bibliothèques des utilisateurs (via LibraryThing par exemple) ou sur les recommandation d’un réseau de professionnel - la valeur n’est pas toujours dans le public ?…

A eux d’imaginer des innovations qui amèneront les lecteurs dans leurs boutiques en lignes, les blogueurs à utiliser leurs services pour recommander des livres… Je sais que c’est un vrai effort financier pour des structures moyennes, mais si les libraires croient vraiment que ce commerce est celui de demain, ne faut-il pas y mettre les moyens ?

Reste à ne pas réinventer la roue… Et j’avoue que c’est là que mes craintes sont les plus grandes. On peut faire une copie conforme d’Amazon, mais ça n’apportera aucune valeur ajoutée, puisque le service d’Amazon capte une masse de visiteurs plus importantes. Il faut donc faire autre chose et autrement, avec des atouts suffisamment forts pour détourner certains des clients d’Amazon ou de la Fnac, vers un autre service. On le comprendra bien : c’est un tout autre pari.

5 commentaires pour “La librairie de François Bon (fin)”

  1. Max Robin said:

    Bonjour, et félicitations pour votre billet. Je suis d’accord avec beaucoup de vos remarques. Mais je me permettrai d’en ajouter une : malgré ses défauts, Amazon a durablement installé le commerce du livre sur Internet, et il convient de rappeler qu’une “petite” maison d’édition comme Jérôme Millon par exemple, dont le catalogue tellement atypique me semble indispensable, se voit acheté 40 exemplaires de chacun de ses offices par Amazon… par ailleurs, exerçant moi-même dans l’édition et la librairie en ligne, je suis choqué de la position des pouvoirs publics (entendez : le CNL) qui refuse a priori toute subvention à un libraire qui souhaiterait se doter d’un site de vente en ligne…
    Le vieux match “souris contre mamouth” ?
    Max Robin

  2. ruth szafranski said:

    merci d’élargir et de donner sa vraie dimension à ce débat

    sans doute pas forcément gauche-droite comme vous le dites, mais en soulignant que la prestation offerte par les libraires indépendants est loin du compte, techniquement, par rapport aux boutiques partenaires d’amazon

    vous auriez dû faire un lien sur cet ancien billet, ici ou sur Internet’Actu, parlant de l’évolution d’amazon en tant qu’interface informatique

    c’est le concept de “grand méchant loup” qui n’est pas transposable comme ça dans le numérique : personne n’appelle au boycottage Google

    pour les liens Radio France vers alapage, consultez les dossiers émissions littéraires France Culture par exemple

    reste une dernière question : ce pauvre FB ne peut-il rien faire que vous soyez tous aussitôt à regarder ? on ferait mieux de s’étonner qu’il y ait si peu d’auteurs à s’occuper de leur identité numérique

  3. Bibliobsession said:

    complètement d’accord avec vous sur ce billet; la nécessité est bien d’innover pour les libraires…certains arrivent à réaliser 20% de leur chiffre d’affaire sur des ouvrages de fonds avec le marketplace d’amazon…ça devrait faire réfléchir le secteur.
    http://bibliobsession.free.fr/dotclear/index.php?2007/01/16/153-les-libraires-et-le-market-place-d-amazon-carte-heuristique

  4. hubert guillaud said:

    Je signale le commentaire de Joël Ronez, plutôt intéressant :

    “- Les libraires indépendants, certes soutenus par une legislation favorable de prix unique, mènent pour la certains d’entre eux des politiques de fonds. C’est à dire que lorsque la FNAC ou Amazon ont physiquement dans leurs étagères 2 titres de François Bon (les derniers), Ombres Blanches en a 25, disponibles à la librairie, ou sous 48 heures dans ta boite aux lettres ami lecteur (si Colissimo est avec toi).

    - Amazon est pour l’essentiel une base de données structurée, pas un entrepôt. Son stock se concentre principalement sur les fortes rotations, quand au reste, il est commandé à la demande. Il serait temps de passer au XXIème siècle, et de comprendre que ce que vend Amazon à des clients, ce n’est pas un livre, c’est un formulaire pour prendre une commande, et des meta-données avec un prix. Pourquoi à votre avis la plupart des livres “froids” arrivent dans les 3 semaines ? Faite un test : comparez les délais de livraison en neuf de nimporte quel grand auteur, entre Ombres Blanches ou Saurramps et Amazon.

    - Maintenant, sur la “MarketPlace” Amazon: à votre avis, pourquoi Amazon s’intéresse t’il de si près aux libraires ? Surtout ceux qui n’ont pas sites, d’ailleurs ? Pour augmenter ses références, et son stock. A lui la base de données, les commissions, aux libraires les cartons. Même plus besoin de délocaliser en Chine, il suffit des arrières boutiques de ses affiliés. Voila pour l’étape 1.

    - Pour l’étape 2, un peu de prospective. Une fois qu’Amazon s’est débarrassé de son stock et s’est rendu incontournable pour le chiffre d’affaires de ses affiliés, il les fait passer à la caisse : “bon, jusque là on a été gentils, mais maintenant c’est XX% de plus pour nous“… Cries d’orfraies, indignation, puis tout le monde rentrera vraisemblablement dans le rang.”

  5. hubert guillaud said:

    Lire aussi chez le Libraire des Ecoles.

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