Num�rique et droits d’auteur

Date octobre 13, 2005

La question de savoir si le num�rique est un bon ou un mauvais plan pour les auteurs, du point de vue de leurs droits est donc pos�e, au Salon des auteurs, ce vendredi 14 octobre 2005 � 15h. Table ronde � la quelle je participe et pour laquelle il me faut donc pr�parer quelques arguments. [Crosspost ici]

Le num�rique menacerait les auteurs parce qu�il permet la copie de leur livre pour un coup r�duit. Ce manque � gagner serait insupportable : voil� le discours qu�on peut parfois entendre.

Ce discours est depuis longtemps battu en br�che, notamment par Tim O�Reilly, �diteur reconnu. Le texte qu�il a rendu public en novembre 2002 reste d�actualit�. Et il n�a rien perdu de sa vigueur. Pour r�sumer : le piratage est un imp�t progressif. Etre pirat�, � grande �chelle, cela veut dire que l�on int�resse un grand nombre de lecteurs, et que l�on gagne d�j� tr�s bien sa vie. Comme le piratage est progressif, il concerne donc les auteurs � la mesure de leur notori�t�. Autant dire que pour la plupart des �crivains, ce risque est quasi nul !

Rappelons � ce propos que, dans le monde, un livre nouveau para�t toutes les trente secondes. Pendant que vous passez trois heures � lire un livre, 360 livres nouveaux sont sortis ! La plupart ne d�passent pas une diffusion de quelques milliers d�exemplaires. On reste dans le domaine du confidentiel : le livre n�est pas un m�dia de masse. Chacun a un lectorat potentiel, fut-il de 100 lecteurs, mais les best-sellers ne sont pas nombreux.

La probl�matique, pour un auteur, devrait moins �tre d�emp�cher que son livre soit lu, que de faire en sorte qu�on parle de lui.

Qu�on parle de lui avant la publication, avant m�me qu�il ait trouv� un �diteur, et, pour cela, le num�rique est une chance. Prouver que l�on a su r�unir une communaut� autour de soi sur Internet est un moyen de plus en plus courant de se faire rep�rer par un �diteur. Il ne s�agit pas forc�ment de mettre son livre tel quel en ligne, sans autre forme de proc�s et d�attendre qu�il soit vu, et lu, mais d�utiliser des techniques que l�on pourrait qualifier de � marketing social � pour cr�er les conditions propices au bouche � oreille. M�me si l’�diteur est d�j� trouv�, on parlera du livre entrain de se faire..

Quelques exemples en France, dans des genres tr�s diff�rents:

Le pornithorynque est un salopare (en ligne et sur papier)
Le journal de Max (en ligne, et en livre)
Frantico (en ligne, et en livre)
Kelbook (en ligne, et en livre)

Qu�on parle de lui apr�s la publication, de fa�on � ce que chaque lecteur potentiel sache que le livre existe. En s�appuyant sur les m�mes techniques.

Faut-il ou non, mettre son �uvre � disposition du public, gratuitement sur un site Internet ? Les avis divergent. Chaque cas est � �tudier. Parfois, on publiera un feuilleton [en]. Parfois, on se contentera d’extraits, ou encore de documents annexes au livre, pour app�ter le chaland. D�autre fois, on mettra tout en ligne : pariant que le lecteur s�duit ach�tera le papier, en parlera autour de lui et, finalement fera vendre ce livre, ou d�autres du m�me auteur. D�autres fois encore, apr�s publication, on tiendra � jour un site pr�sentant des d�veloppements autour de l��uvre publi�e.

Les droits d�auteurs sur lesquels on fait une croix en mettant � disposition des lecteurs tout ou partie de son livre doivent en tout cas �tre consid�r�s comme un investissement. Au m�me titre que ceux consentis lors des envois � la presse. Notez qu�eux aussi sont progressifs, de l�auteur r�gional qui envoi cinq ou six services de presse � l�auteur de best-seller qui en envoie 200, les sacrifices ne sont pas les m�mes. Et ne sont jamais consid�r�s comme tels. Notez �galement, au passage, que les livres qui d�passent 200 ventes ne sont pas si nombreux.

Proposer son livre gratuitement en ligne fait parfois augmenter les ventes. D�autres fois, on peut s�attendre � ce que ce soit sans effet, ou, plut�t n�gatif, � la marge. Il convient de se tenir au courant de ce qui s�est d�j� fait, et d��tre imaginatif, r�actif, incisif�

Si le num�rique menace les droits de quelques uns, ce n�est s�rement pas ceux de la majorit� des auteurs, qui ont au contraire, de mon point de vue, tout � gagner du num�rique. A chacun de trouver la voie num�rique qui lui permettra de rencontrer son lectorat plut�t que d’abord �riger des barri�res entre son livre et son public.

Cette direction, c’est encore Tim O’Reilly qui la montre :

Chez O�Reilly, nous publions un grand nombre de nos livres en ligne. Il y a des gens qui en profitent pour redistribuer des copies non pay�es. (le probl�me principal, entre parenth�ses, n�est pas celui des r�seaux de partage de fichiers, mais celui des copies des CD que nous publions qui sont mis en ligne sur des serveurs Web, copi�s ou offerts � la vente sur eBay). Ces copies pirat�es peuvent �tre d�sagr�ables pour nous, mais elles sont loin de d�truire notre activit�. Nous n�avons observ� que peu ou pas de baisse des ventes des livres qui sont ainsi offerts en ligne.[…]

La question � laquelle nous sommes confront�s n�est pas de savoir si des technologies comme les r�seaux p2p de partage de fichiers saperont le r�le des cr�ateurs ou des �diteurs, mais celle de savoir comment les cr�ateurs peuvent utiliser de nouvelles techniques pour accro�tre la visibilit� de leurs oeuvres. Pour les �diteurs, la question est de savoir s�ils vont comprendre comment jouer leur r�le dans le nouveau m�dia avant que quelqu�un d�autre ne le comprenne. L��dition est une niche �cologique : de nouveaux �diteurs se pr�cipiteront pour la remplir si les vieux y �chouent.

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