La Feuille
Observer l’innovation pour comprendre les enjeux de l’édition électronique
  • Derniers commentaires

  • Archives

  • Derniers billets

  • Catégories

  • Meta

  • 24
    05
    2005

    De l’�crit � l’�cran : point sur les mutations

    Dans le cadre d’un colloque qui s’est tenu les 18 et 19 mai 2005, Roger Chartier a tenu une conf�rence intitul�e � De l’�crit sur l’�cran. �criture �lectronique et ordre du discours �. Extraits :

    Quant � l�ordre des discours, le monde �lectronique propose donc une triple rupture. Il propose une nouvelle technique d�inscription et de diffusion de l��crit ; il incite � une nouvelle relation avec les textes ; il impose � ceux-ci une nouvelle forme d�organisation. L�originalit� et l�importance de la r�volution digitale ne doivent donc pas �tre sous-estim�es dans la mesure o� elle oblige le lecteur contemporain � abandonner, consciemment ou non, les diff�rents h�ritages qui l�ont constitu�. Cette nouvelle forme de textualit� n�utilise plus l�imprimerie (au moins dans son sens typographique), elle ignore le �libro unitario� et elle est �trang�re � la mat�rialit� du codex. C�est donc une r�volution qui, pour la premi�re fois dans l�histoire, associe dans le m�me temps une r�volution de la modalit� technique de la reproduction des textes, (comme l�invention de l�imprimerie), une r�volution du support de l��crit (comme la r�volution du codex) et une r�volution de l�usage et de la perception des discours (comme les diff�rentes r�volutions de la lecture). D�o�, sans doute, le d�sarroi du lecteur contemporain qui doit transformer, non seulement les cat�gories intellectuelles qu�il mobilise pour d�crire, hi�rarchiser et classer le monde des livres et des �crits, mais aussi ses perceptions, ses habitudes et ses gestes les plus imm�diats.

    La seconde mutation concerne l�ordre des raisons, si on entend par l�, la mani�re d�organiser une argumentation et les crit�res que peut mobiliser un lecteur pour l�accepter ou la refuser. Du c�t� de l�auteur, la textualit� �lectronique permet de d�velopper des d�monstrations selon une logique qui n�est plus n�cessairement lin�aire ou d�ductive, comme l�est celle qu�impose l�inscription, quelle que soit sa technique, d�un texte sur une page. Elle permet une articulation ouverte, �clat�e, relationnelle du raisonnement, rendue possible par la multiplication des liens hypertextuels. Du c�t� du lecteur, la validation ou la r�cusation d�un argument peut d�sormais s�appuyer sur la consultation des textes (mais aussi les images fixes ou mobiles, les paroles enregistr�es ou les compositions musicales) qui sont l�objet m�me de l��tude, � condition, �videmment, qu�ils soient accessibles en une forme num�ris�e. Si tel est le cas, le lecteur n�est plus seulement oblig� d�accorder sa confiance � l�auteur, il peut � son tour, s�il en a le go�t ou le loisir, refaire tout ou partie du parcours de la recherche. Il y a l� une mutation �pist�mologique fondamentale qui transforme profond�ment les techniques de la preuve et les modalit�s de construction et de validation des discours de savoir.

    [...]

    Un troisi�me registre de mutation se lie � l�ordre des propri�t�s, si l�on entend propri�t� � la fois dans un sens juridique, celui de la propri�t� litt�raire ou du copyright, et dans un sens textuel, celui des caract�ristiques propres � chaque �crit. Le texte �lectronique tel que nous le connaissons ou l�avons connu est un texte mobile, mall�able, ouvert. Le lecteur peut intervenir non seulement dans ses marges, mais dans son contenu m�me, en d�pla�ant, r�duisant accroissant, recomposant les unit�s textuelles dont il s�empare. � la diff�rence de la culture manuscrite ou imprim�e, o� le lecteur peut seulement insinuer son �criture � l�int�rieur des espaces laiss�s en blanc par la copie � la main ou par la composition typographique, avec le monde num�rique, c�est dans le texte lui-m�me qu�il peut intervenir. La cons�quence est potentiellement forte. Elle conduit � l�effacement du nom d�auteur et � de la figure d�auteur donn�s comme garants de l�identit� et de l�authenticit� du texte puisque celui-ci peut-�tre constamment modifi� par une �criture multiple et collective. On peut penser que cette possibilit� offre � l��criture des virtualit�s nouvelles dont, plusieurs fois, Michel Foucault a r�v� en imaginant un ordre des discours dans lequel dispara�trait l�appropriation individuelle des textes et o� chacun, anonymement, laisserait sa trace dans des nappes de discours sans auteur.

    Roger Chartier, �De l��crit sur l��cran.�. Imageson.org,
    http://www.imageson.org/document591.html

    Un commentaire pour “De l’�crit � l’�cran : point sur les mutations”

    1. hubert guillaud dit :

      > Cette nouvelle forme de textualit� n�utilise plus l�imprimerie (au moins dans son sens typographique), elle ignore le �libro unitario� et elle est �trang�re � la mat�rialit� du codex.

      Il me semble tout de m�me que l’�crit �lectronique a une “mat�rialit�”, que sont les URL et le site web dans lequel celui-ci s’inscrit (qui donne un contexte, une unit� aussi forte me semble-t-il que la mat�rialit� d’un support). Un �crit �lectronique n’est pas sans r�f�rence, il appartient toujours � une entit�, � une unit�… Mais celle-ci est signifi�e par des liens, par des URL, etc. La possibilit� “d’extraire”, de “saucissonner”, “d’isoler” n’est-elle pas plut�t “un plus” que permet la technique, “qu’un moins” ?

    Laisser un commentaire