04
2005
Schiffrin 2 : L’�dition est-elle soluble dans le m�c�nat ?
Moi qui ne lit plus beaucoup (de livres j’entends), je me suis quand m�me fait le plaisir de me procurer celui d’Andr� Schiffrin publi� aux �ditions La Fabrique : Le contr�le de la parole, la suite de L’�dition sans �diteurs, dont je gardais tout de m�me un bon souvenir.
Ma critique ne sera pas aussi construite et d�taill�e que celle d’Elizabeth Flory � laquelle je vous renvoi pour avoir un r�sum� du contenu…
Pour ma part, je suis plut�t d��u. Schiffrin se r�p�te. L’analyse qu’il fait de la d�gradation de l’�dition (fran�aise et anglosaxonne) est certes saisissante, mais elle manque parfois un peu de profondeur, restant un peu celle d’un commentateur, certes �clair�, mais finalement assez Germano-pratin, se bornant bien souvent � collecter les articles parus dans Le Monde sur le sujet.
Les exemples qu’il d�nonce de la concentration m�diatique sont bien moins int�ressants que ceux qu’ont peut trouver sur Acrimed ou Pour Lire pas Lu par exemple. Mais bon, le salon est confortable et on se sent chez soi dans les pages de ce petit livre. On ronronne bien au chaud, dans un monde o� l’internet ne semble m�me pas exister.
Quant aux solutions que propose Schiffrin, elles ne r�pondent pas du tout � la concentration, mais prennent des tangentes. Finalement, Schiffrin semble se moquer de la concentration qu’il d�nonce. Pour lui, la concentration des m�dias m�ne � une impasse qui semble ind�pensable. Il propose plut�t de construire autre chose � c�t�, reposant vraiment sur une bulle “qualitative” mettant � l’abri certains titres du capitalisme sauvage. Ca donne un peu l’impression qu’on laisse TF1 et Robert Laffont vivre leur vie, et que les “honn�tes” gens, eux, se retrouveront ailleurs… Il continue � penser que la qualit� ne peut �tre d�fendue que par une �dition “publique” (sous l’�gide de Fondations � l’am�ricaine ou de coop�rative de lecteurs), c’est-�-dire hors sol �conomique… Soit. En a-t-il seulement un jour �t� v�ritablement autrement ? Depuis toujours, les activit�s rentables financent les moins rentables, les mauvais livres permettent de faire les bons. Dit autrement les livres qui se vendent permettent de publier ceux qui ne se vendent pas…
En m�me temps, n’en a-t-il pas toujours �t� diff�remment ? M�me si elle est peu rentable et ne d�gage pas des profits d�lirants, la vente de livre a aussi permis � des �diteurs de vivoter et de se faire plaisir, sans pour autant leur permettre forc�ment de publier n’importe quoi.
Comme il voit que les m�dias subissent la m�me d�rive (concentration, baisse de qualit�…), il se propose de d�velopper l’investissement public dans les m�dias. Soit. Est-ce pour autant qu’ils parleront d’autres choses, qu’ils en parleront bien, avec les outils n�cessaires pour le faire ? Les m�dias publics qui existent, sont bien souvent assez mauvais - � tout le moins, ils savent bien mal vendre leur qualit�, pire, se moquent m�me de conqu�rir des publics - cette condition n’est pas une obligation, elle permet juste de tirer les choses vers l’avant, de se dire qu’il faut toujours progresser. Comme me disait un �diteur pour lequel j’ai beaucoup de respect : notre m�tier n’est pas de vendre les 600 exemplaires que nous savons vendre d’un livre, mais de lui trouver les 600 autres que nous n’aurions pas imaginer trouver avant de l’�diter.
Le probl�me, c’est que Schiffrin prend l’exemple de v�n�rables institutions culturelles et prestigieuses pour cela. En gros, ce qu’il semble vouloir sauver, c’est Gallimard, Le Monde et Lib�ration… De l� � ce que la Caisse des D�p�ts soit le seul avenir de ces trois l�, il y a un pas que pour ma part je ne franchirais pas.
En parcourant le blog de Francis Pisani, je constate que Katherine Fulton expose la m�me id�e que Schiffrin pour la presse. Francis Pisani pose la question de notre relation aux produits culturels sous un angle int�ressant :
“Il me semble que concevoir
le journalismelivre comme un produit permettait de r�soudre sans trop de difficult� le probl�me de la mon�tisation. L’envisager comme un service est d�j� un peu plus compliqu�. Mais si nous croyons aujournalisme-citoyen et au journalismel’�dition comme conversation, alors l’essentiel est la relation et nous n’avons pas encore de mod�le qui permette d’assurer � la fois qualit� et dur�e.”
(les rayures et ajouts en gras sont de moi).
L’analyse me semble dire quelque chose de tout � fait pertinent. Il y aurait d’un c�t� le produit, de l’autre le service et enfin la relation. Trois composantes essentielles pour comprendre comment se transforment les produits culturels.
Pour ma part, je ne pense pas que les produits soient morts - m�me ceux de qualit� - m�me si leur �conomie est en train de se transformer, car le seuil de la diffusion (qui s’est elle aussi concentr�e) a chang�. Les services sont encore plus n�cessaires - et c’est eux dont l’�conomie est certainement la plus fragile � mettre en place. Quant � la relation, il y a encore tout � construire…

15 août 2005 à 6:58
Bonjour,
Voici la r�alit� d’une romanci�re historienne de province, laur�ate de quanrante prix litt�raires, mais d�pourvue des relations permettant de se faire �diter par les grandes marques parisiennes. Les autres �diteurs demandent aux auteurs, des sommes consid�rables pour les “�diter”, ce sans op�rer la moindre s�lection, ni la moindre correction. Ensuite,c’est � l’�crivain de faire la promotion de ses oeuvres, et lorsque le pseudo-�diteur vend quelques livres, l’auteur ne voit jamais la couleur de ses droits d’auteur !
Pour ne pas tomber dans de tels pi�ges, j’ai auto�dit� mes oeuvres. Cela co�te tr�s cher, mais l’auteur garde le contr�le et ne nourrit pas d’escroc, de plus lorsqu’il vend il per�oit ses droits d’auteurs. Englu�s dans le syst�me du monopole �dito-m�diatique parisien, pi�g�s par les offices, � savoir les envois syst�matiques de toutes leurs nouveaut�s (livres de lofteuses…) par les grandes marques �ditoriales, les libraires ne peuvent rien pour nous. Lorsqu’ils s’essaient � nous faire d�couvrir, les deux gros diffuseurs leur mettent la pression. Certains r�sistent et c’est le cas de la libraire lyonnaise qui expose en vitrine, mon dernier roman historique, le conseille et le vend comme des petits pains ! Les lecteurs sont surpris de d�couvrir des romanci�res historiques �dit�es hors monopole, et ils en redemandent. La libraire y est gagnante, car elle finit par vendre plus de mes romans et de ceux d’une amie dans le m�me cas, que des titres de grandes marques, promus � grands coups de publicit�s radiophoniques.
Je me diffuse surtout dans de petits salons du livre, dont certains cr��s par les auteurs et de plus en plus par le bouche-� oreille et la vente directe. Je fus �l�ve de la romanci�re historienne Jeanne Bourin. Nous ne pouvons fr�quenter les grands salons du livre, car alors nous servons de “vaches � lait” aux libraires pr�sents, � double titre : primo, les droits d’inscriptions sont consid�rables, secondo on nous place d’office sur un stand de libraire et ces derniers, qui ne veulent pas nous promouvoir en boutiques, nous ponctionnent jusqu’� des taux de 60% (Bellecour Lyon). Non seulement cela nous fait vendre � double perte, sans compter les frais de d�placement et d’h�bergement, mais encore, c’est ill�gal � double titre : le code de la propri�t� intellectuelle nous reconna�t le droit de vendre nos ouvrages directement en toute manifestation culturelle publique et d’en tirer profit, et l’espace publique ne peut �tre confondu par les libraires et les municipalit�s avec l’espace priv� des boutiques; les libraires n’ont pas � y ponctionner d’autres vendeurs, � savoir les auteurs auto�dit�s, et � pr�lever de l’argent sur leurs ventes, r�alis�es par eux, auteurs, et sur des stocks non-achet�s par les libraires, donc, des livres ne leur appartenant pas. Le Minist�re de la Culture est au fait de cela, comme les communes concern�s, mais tout le monde laisse s’op�rer cette mise en esclavage ou cette �viction du domaine public pour ceux qui refusent cette exploitation ill�gale.
Victor Hugo, Proust, Andr� Gide, Marcel Aym� furent d’abord auto�dit�s, et furent d�couverts par des libraires qui les aiguill�rent vers les �diteurs. Gr�ce aux offices et � la mise en coupe r�gl�e du secteur du livre p�r quelques marques parisiennes, les Victor Hugo d’aujourd’hui sont bafou�s. Pour ceux qui veulent se rendre compte de la qualit� de romanci�re historienne d’une exclue du syst�me, mon dernier roman traite du sujet des cagots, parias victimes d’une terrible s�gr�gation en France durant huit si�cles, pourtant charpentiers de l’Eglise et de nos cath�drales ! Je situe l’action � l’�poque de Louis XIV, � Lyon, quelques ann�es avant que le souverain n’affranchisse les cagots. Titre : “Le Captif de Sa�ne”
par Marie Roca
Ormhael Publication
15 rue de la Contamine, lot 4 bis
38120 St Egr�ve
(France)
Fax : 04 76 75 57 56
Mail : arianrhod@free.fr
Prix 20 Euros, frais de port 3
Euros.
En cas de commande, vous pouvez me demander une d�dicace, pour la personne de votre choix. Je susi r�f�renc�e � la FNac, on peut donc y commander mes titres, comme on peut les commander sur le site des �ditions universelles : elapouge@editions-universelles.net
Mon cas est exemplaire de la diff�rence de consid�ration entre d’une part, l’oeuvre, la carri�re d’auteur, d’autre part, une simple politique commerciale qui fait du livre un produit comme la bo�te de lait, avec date de p�remption de quatre mois, d�lai au bout duquel tout roman est mis au reut et va au pilon, aux frais du contribuable fran�ais. Je ne gaspille pas du papier de l’�nergie, des arbres, et je ne tire qu’un nombre raisonnable d’exemplaires, ce qui bien entendu me revient bien plus cher � l’unit� qu’aux grandes marques dont les pratiques pour tirer les prix, en surproduisant pour envoyer au pilon, sont anti�cologiques.
Ai-je un peu �clair� votre lanterne ?
Bien cordialement, Marie Juge-Roca