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    05
    2004

    � world literature � et crise de surproduction

    Chacun sait pourtant que l�eldorado anglo-saxon est un leurre. Avec une production litt�raire annuelle qui est le double de celle de la France (environ 14 000 titres), la Grande-Bretagne ne publie que 3 % de litt�rature de langue non anglaise, dont 1 % en langue fran�aise. M�me tendance aux Etats-Unis, avec 2,8 % de traductions, dont 0,8 % de livres fran�ais, les plus achet�s avant les livres de langue espagnole.

    Cette fermeture se r�v�le, dans les faits, plus grande encore que ne l�indiquent les statistiques. Vendre (toujours bon march�, quelques centaines de dollars) les droits d�un livre aux Etats-Unis n�assure en rien sa pr�sentation au public. En effet, l��volution de l��dition et de la distribution ces derni�res ann�es, avec une hyperconcentration et des exigences de rentabilit� imm�diate, y a boulevers� les conditions d�existence du livre, consid�r� comme un produit qui n�a que trop tard� � se soumettre aux normes de la gestion industrielle et de la rentabilit� financi�re. [...]

    Car, parall�lement au repli de l��dition de qualit� et de la librairie anglo-saxonnes, se d�veloppe la conqu�te souvent victorieuse des march�s ext�rieurs, et notamment celle des lecteurs europ�ens. L�Italie, l�Espagne et, dans une moindre mesure pour le moment, l�Allemagne et la France sont soumises � une offensive culturelle qui, apr�s le cin�ma et les s�ries t�l�vis�es, passe par le � vieux � m�dia du livre. Il ne s�agit pas, comme cela s�est produit dans le pass�, de la d�couverte �merveill�e par les Europ�ens d�une litt�rature nouvelle � celle de Faulkner ou d�Hemingway, du roman noir ou des lib�rations de la beat generation �, mais, sauf rares exceptions, de livres de fabrique st�r�otyp�s, fond�s sur les canons du mythe am�ricain et de ses valeurs ou sur l�exploitation outr�e d�ingr�dients commerciaux classiques : sexe, violence, irrationalit�, terreur, hyper-individualisme… Le tout �crit dans un style dont les qualit�s sont celles de chefs d�entreprise plut�t que d�artistes : professionnalisme, comp�tence, efficacit�, plut�t que culture, authenticit� et d�sint�ressement.

    Pierre Lepape, Le Monde Diplomatique, mars 2004.

    Notons qu’on pourrait faire exactement le m�me constat sur le march� du livre national : les exigences de rentabilit� et l’hyperconcentration poussent en t�te de gondole des livres pr�fabriqu�s et engorgent le secteur sous une crise de surproduction chronique.

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