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    2004

    "Un bien public pur"

    Ainsi drap�s dans la d�fense de la cr�ation et de l’int�r�t g�n�ral, les majors du disque et du cin�ma s’ing�nient � inventer des moyens de dissuader ou de faire payer ce que le progr�s technique a rendu quasi gratuit : la recherche, la reproduction et l’�change de fichiers num�riques. Par des voies soit juridiques : proc�s contre les usagers du P2P, soit techniques : cryptage, ou m�me par des m�thodes �conomiques telles que la proposition r�cente de taxer les flux sortant des ordinateurs individuels.

    [...] De plus, ces combats reposent sur une argumentation pour le moins contestable. Dans quelle mesure, en effet, la cr�ation est- elle vraiment en danger ? On sait que l’essentiel des 150 milliards de fichiers musicaux �chang�s en 2003 sont ceux du “Top 50″, et qu’il en est de m�me pour les films.

    Ce que met donc en danger le P2P, c’est avant tout “l’�conomie de la Sierra Madre” qui caract�rise ces industries. Que signifie ce concept �conomique, apparu dans les ann�es 1990 pour d�signer les processus o� “le gagnant rafle tout” ? Tout l’or de la Sierra Madre, s’il �tait �quitablement partag� entre les prospecteurs qui se lancent � sa recherche, leur procurerait un revenu d�cent. Mais l’�conomie de la prospection mini�re est telle que seuls quelques-uns trouveront les filons et feront fortune, tandis que les autres auront tout perdu.

    S’agissant de la musique, le ph�nom�ne se manifeste ainsi : avant le disque, un chanteur d’op�ra c�l�bre gagnait peut-�tre 20 fois plus que le chanteur moyen. Maria Callas avec le disque noir, 200 fois plus. Luciano Pavarotti avec la t�l�vision, les CD et les DVD, 2 000 fois plus (chiffres donn�s ici � titre de simple illustration du ph�nom�ne).

    C’est donc avant tout pour l’extr�me concentration des gains dans les industries musicales et cin�matographiques que le P2P est un v�ritable danger, puisque les fichiers copi�s et �chang�s sont dans leur �crasante majorit� ceux des “�uvres” les plus m�diatis�es.

    Un article � lire et relire : Jean-No�l Giraud : “Un spectre hante le capitalisme : la gratuit�”, Le Monde.

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