09
2003
Eloignement des critiques vs. proximit� des e-lecteurs
Citation :
“Le d�veloppement des chatrooms sur Internet, et plus g�n�ralement des forums de consommateurs, tend � renforcer la segmentation spontan�e des individus en fonction de leurs comportements effectifs et non pas en fonction de leurs caract�ristiques sociales : un individu cherche � savoir ce que d’autres ont pens� de tel film qui vient de sortir, de telle voiture qui vient d’�tre commercialis�e, non pas en se r�f�rant � la classe sociale ou � la cat�gorie socioprofessionnelle de ses “conseilleurs”, mais en se basant plut�t sur une proximit� �valu�e � partir de jugements exprim�s sur d’autres biens dont l’individu a d�j� fait l’exp�rience de consommation.”
in “Forums de consommation sur Internet, un mod�le �volutionniste”, par N. Curien, E. Fauchart, G. Laffond, J. Lain�, J. Lesourne, F. Moreau, in “Economie de l’Internet”, Eric Brousseau et Nicolas Curien (dir), Revue Economique, volume 52, octobre 2001, presses de Sciences Po.
R�flexion :
Dans la presse, par son positionnement (marketing, prix, traitement, etc.), chaque titre (qu’on soit dans la presse automobile comme dans la presse litt�raire ou g�n�raliste) s’adresse � des lectorats sp�cifiques : politiquement ou socio-professionnellement parlant. On devrait s’attendre donc, � ce que les critiques litt�raires attach�s � ces titres aient des go�ts diff�rents et marqu�s. C’est la plupart du temps le cas : le Voici de Fred, n’a rien � voir avec le Matricule de Thierry.
Pourtant, � parcourir les critiques de titre en titre, on a l’impression que les choix des critiques litt�raires sont assez proches, quelque soit le titre. Grosso modo, on a l’impression que tous les critiques litt�raires disent la m�me chose des millionnaires (qu’ils se pr�noment Christine, Michel, Fred ou Am�lie par exemple), alors qu’on pourrait s’attendre � de nettes diff�rences d’appr�ciation. Pire, quand il y a diff�rences d’appr�ciations, ce n’est jamais au d�triment de la volum�trie, mais le plus souvent � l’avantage de la pol�mique publicitaire… Ainsi, quand Elle n’aime pas Christine, Elle en parle sur autant de page que Marie-Claire qui elle a ador�… Quand diff�rences il y a, ce sont plus celles de clans, de castes : les vieux acad�miciens sont toujours les pr�f�r�s du Figaro, les communistes et les anarchistes ont toujours une tribune dans l’Huma, les collaborateurs et anciens collaborateurs sont les pr�f�r�s de tout le monde, etc. Bref, si dans la presse l’impression de clan, de regroupement, de tribu litt�raire est tr�s marqu� - tout en cr�ant un �loignement sensible du lectorat qui n’en est pas -, � l’inverse, les commentaires d’internautes (forums, sites d�di�s), eux, paraissent plus proche, plus fort. Le e-lecteur, lui, n’appartient pas � la caste. Il a lu. Son avis peut-�tre nuanc� en regardant les autres contributions qu’il a d�pos�… Si la qualit� de sa plume a �galement un r�le, son avis de “consommateur” � la force de son innocence. En tout cas, les notions d’�loignement et de proximit�, me semblent particuli�rement p�rennes, non ?
