Comme tous les ans, la grande foire reprend son train de s�nateurs (on ne compte plus le nombre de man�ges). On s’�tripe d�j�, on annonce, on claironne, on esp�re, on r�p�te et rer�p�te (d�j� ? oui, oui, d�j�…), on mart�le des fois que vous n’ayez pas compris (et �a ne fait que commencer)… Bref, m�me si elle ne semble plus n’agiter que de vieux cacochymes coprophages, cette inlassable r�p�tition, dont tout le monde se fait des gorges chaudes, ennuie. Et on attend notre livraison de Matricule pour enfin entendre parler d’autres choses.
Chacun y va de sa liste, de ses rumeurs, de ses indiscr�tions, de ses soutiens… Tout le monde s’en fout. Les mauvais livres tiennent d�j� pi�ces aux autres (mais en a-t-il �t� un jour autrement ?). Retenez bien les noms, vous allez les entendre r�p�ter par tout le monde pendant 3 mois. Apr�s, apr�s… vous pourrez les oublier bien s�r : “Moi, j’ai conseill� ce livre, non, c’est impossible ! C’est trop mauvais !”.
Jeunes talents invisibles, ne pleurez pas si vous n’y �tes pas. Ca ne veut rien dire et �a ne pr�juge pas ni de vos qualit�s, ni de vos d�fauts. Marie-Odile Beauvais l’explique bien, m�me si elle se trompe de cible. L’indiff�rence quelle rencontre n’est pas d� � la taille de la maison d’�dition qui l’a accueillit, mais bien � la surproduction totale et la concentration m�ditatique qui sont � l’origine de tous nos mots. Relisez L’�dition sous influence. Reste le difficile probl�me de ne pas �tre lu. A vous donc, jeunes talents, d’�tre les premiers curieux. De vous d�tourner des livres qu’on vous rab�che, de prendre les chemins de traverse… A vous de montrer aux journaux qui nous parle de ces mauvais livres qu’on ne veut plus d’eux en ne les achetant plus. Allez fouiner ailleurs, vous n’en serez que plus heureux.
Allez, pas d’amertume, je vous le r�p�te : Am�lie et Beig’ le millionnaire sont d�j� en t�te des ventes.
PS : Je ne dirais pas pourtant comme Leibnitz, qui croyait pourtant au progr�s de la connaissance : “Cette horrible quantit� de livres imprim�s qui m’arrivent tous les jours sur la table va s�rement ramener la barbarie et non la culture.” Mais, il est vrai que cette avalanche de livre, concentre la sc�ne autour des plus vivaces nos thurif�raires.