03
2003
Et les s�lections Brejneviennes de la Fnac ?
A l’heure o� la Fnac sort une nouvelle s�lection de livres intitul�e 10 ans de litt�rature en 200 livres (rien de moins !), on s’interroge en feuilletant l’opuscule sur ce que font ces titres dans cette « s�lection » qui se pr�sente pourtant un peu comme le Lagarde et Michard de ce qu’il faut avoir lu (m�me si l’�dito s’en d�fend). Bien s�r, alors qu’on voudrait �tre exigeant avec un journal comme le Monde des livres
), il est plus difficile de l’�tre avec le suppl�ment commercial d’un �picier. N�anmoins, la Fnac demeure le premier d�taillant de livres en France, et cette petite plaquette (vendue tout de m�me 3 euros, comme si de lui donner un prix �tait synonyme de lui donner une qualit�) dit beaucoup de la collusion entre marketing, services de presse d’�diteur et « critique »… Sous le principe d’une subjectivit� assum�e ( »Cette s�lection n’est ni un �tat des lieux, ni une tentative d’exhaustivit�. Tout est ici affaire de subjectivit�. Un seul d�sir : vous faire partager nos enthousiasmes ») que trouve-t-on dans ces pages ? Une sur-repr�sentation d’un quarteron d’�diteurs (au d�triment des �diteurs originels le plus souvent, voir, visiblement, par collusion commerciale – dans Contact, la Fnac explique « chaque titre est propos� en format de poche s’il existe », �a n’explique pas pourquoi, par exemple, pour le livre d’Alain de Botton, la Fnac a pr�f�r� la version de 10/18 � celle de Pocket, alors que la premi�re est plus ch�re que la deuxi�me…), un �clectisme de bon alloi (mais qui, comme la presse traditionnelle, fait dispara�tre du lot des petits �diteurs/auteurs au profit de la sur-repr�sentation de certains)… Le pire finalement, dans la subjectivit� de la Fnac, c’est qu’elle avance masqu�e. Quand l’effroyable Beigbeder o� l’excellent Thierry Guichard font des s�lections, on sait comment naviguer, comment se faire un avis, peut-�tre parce que, � la force de l’habitude, on conna�t un petit peu � la fois les personnages et leurs go�ts et on peut les filtrer par rapport aux n�tres. Mais l�, sous le couvert des prestigieux « libraires », on ne sait plus se rep�rer. Bien s�r, si vous avez aimez « �a », vous adorerez « ceci »… Mais franchement, est-ce parce qu’on a ador� Cent ans de solitude qu’on va adorer le dernier Zo� Valdes ?
Les livres pr�sent�s n’ont pas beaucoup d’asp�rit�s dans leurs « critiques ». D’ailleurs, les « critiques » en question ne sont que des reprises respectueuses de 4e de couvertures d�j� ennuyeuses. Autant dire que la s�lection ne g�n�re pas beaucoup d’envies – m�me s’il y a certainement quelques bons titres au milieu. On voudrait la confronter avec de vrais avis de lecteurs, plut�t que de devoir parcourir cette soupe commerciale et ang�lique…
Finalement, sans vouloir non plus dire que cette s�lection n’est pas sinc�re, comme la d�fend Bertrand Picard, directeur du livre � la Fnac, on se pose encore une fois la question de la collusion des int�r�ts. Autant qu’il est difficile d’�tre critique et directeur de r�daction et auteur et �diteur � la fois (comme c’est presque toujours le cas), autant il est insupportable d’�tre libraire, critique et mastondonte sur le march�. Bizarrement, ce qu’on accepte tr�s bien d’un vrai libraire entre deux rayons (un conseil), on le re�oit beaucoup moins bien sur une feuille de papier glac�e impersonnelle…
Bref, quitte � chercher quelque chose � lire, allez plut�t vous promener chez Zazie, on s’y �tonne encore de courir y acheter des livres � la lecture de certains points de vue, ou d’�tre tout ragaillardit devant son �cran en partageant un avis d’un autre e-lecteur.
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